Affaire russe: Le procureur utilise «la même stratégie que contre la mafia»

ETATS-UNIS Que signifient les premières inculpations, annoncées lundi? Décryptage avec le juriste Paul Rosenzweig, qui avait participé à l'enquête contre Bill Clinton en 1998...

Philippe Berry

— 

 	Photomontage du président américain, Donald Trump, face au procureur spécial chargé de l'enquête sur la Russie, Robert Mueller.
Photomontage du président américain, Donald Trump, face au procureur spécial chargé de l'enquête sur la Russie, Robert Mueller. — PHOTOS SIPA / MONTAGE 20 MINUTES

De notre correspondant aux Etats-Unis,

Avec ses mâchoires carrées, il a la réputation de ne jamais lâcher sa prise. Méthodique, patient et implacable, Robert Mueller, qui a dirigé le FBI pendant 12 ans au début des années 2000, est passé à la vitesse supérieure, lundi, avec les trois premières inculpations dans l’enquête sur les soupçons de collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. Et si pour l’instant, aucun élément n’implique le président américain, le procureur spécial va remonter la chaîne, fusible après fusible, prévient le juriste Paul Rosenzweig, qui faisait partie de l’équipe du procureur Kenneth Starr lors de l’affaire Clinton-Lewinsky, et qui enseigne le droit à l’université George Washington.

>> A lire aussi : Qui est Bob Mueller, «l'incorruptible» ?

Retourner un témoin

Détail important, la mise en examen de Paul Manafort et de son associé Richard Gates pour « complot contre les Etats-Unis », « fausses déclarations » et « blanchiment d’argent » (sur 18 millions de dollars) ne concerne que leur activité de lobbying en Ukraine entre 2006 et 2015. En clair, l’inculpation n’a pas de lien avec la campagne de Donald Trump, que Manafort a dirigée pendant six mois en 2016. Mais en l’attaquant personnellement, Bob Mueller exerce une pression à laquelle il est difficile de résister.

« Les charges contre Mr Manafort sont très graves. S’il était condamné, il risquerait la prison à vie. La seule façon d’éviter un tel scénario est de coopérer avec l’enquête et de témoigner honnêtement sur tout ce qu’il sait », estime Paul Rosenzweig. « C’est exactement la même stratégie que celle utilisée pour enquêter contre des vastes organisations, que ce soit un groupe criminel comme la mafia ou un cartel de drogue, ou bien une grande entreprise financière ». Si Paul Manafort décide de coopérer, en l’échange d’une peine réduite ou d’une immunité, « le procureur spécial disposera d’un haut gradé de la campagne comme témoin. »

Un conseiller plaide coupable

Le lobbyiste, dont le nom avait notamment été cité dans l’affaire Karachi en France, pourrait miser sur un pardon présidentiel et se murer dans le silence. Mais lundi, l’un des avocats de Donald Trump, Jay Sekulow, a assuré qu’un pardon, au coût politique immense, n’était pas envisagé.

Plus inquiétant pour Donald Trump, un conseiller mineur pendant la campagne, George Papadopoulos, a plaidé coupable d’avoir menti au FBI sur ses contacts répétés avec des intermédiaires de Moscou. Un professeur londonien et une femme se présentant – faussement – comme la nièce de Vladimir Poutine lui ont notamment promis « des informations compromettantes » sur Hillary Clinton et affirmé que Moscou détenait « des milliers d’emails » de la candidate, plusieurs mois avant la publication des courriels de son équipe de campagne par WikiLeaks.

L'ancien conseiller du candidat Donald Trump, George Papadopoulos, lors d'une réunion le 31 mars 2016.
L'ancien conseiller du candidat Donald Trump, George Papadopoulos, lors d'une réunion le 31 mars 2016. - TWITTER/D.TRUMP

Effet domino

« C’est la définition même de ''collusion'' », estime Rosenzweig, ou au minimum de tentative. L’arrestation du jeune conseiller a eu lieu en juillet mais rien n’avait filtré jusqu’à aujourd’hui. « Il a plaidé coupable, c’est un signe clair qu’il collabore avec le procureur spécial », selon le juriste.

La Maison Blanche a minimisé le rôle de Papadopoulos pendant la campagne, l’assimilant à celui « d’un volontaire non payé ». Mais selon le Washington Post, il a échangé plusieurs emails avec des cadres de la campagne, tentant notamment d’organiser une rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine, qui n’a jamais eu lieu. Si le jeune conseiller n’est que du petit gibier, Robert Mueller semble être sur la piste d’une demi-douzaine de proches de Donald Trump. Les dominos sont sans doute loin d’être tous tombés.