Catalogne: Le ras-le-bol des anti-indépendantistes

MONDE 300.000 à 1 million de personnes se sont réunies ce dimanche sur le Passeig de Gracia à Barcelone pour exprimer leur volonté de rester unies à l'Espagne...

Antonin Vabre

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Des centaines de milliers de partisans de l'unité de l'Espagne ont déferlé dimanche dans les rues de Barcelone, ce dimanche Lancer le diaporama
Des centaines de milliers de partisans de l'unité de l'Espagne ont déferlé dimanche dans les rues de Barcelone, ce dimanche — SIPA PRESS
  • Des centaines de milliers de partisans de l’unité de l’Espagne ont déferlé ce dimanche dans les rues de Barcelone.
  • Le slogan « Puigdemont, en prison ! » était régulièrement scandé, en référence au président indépendantiste catalan destitué vendredi par Madrid.
  • Dans l’incertitude quant aux dernières semaines, notamment en termes de conséquences économiques, il en résulte une lassitude dans le cortège, voire un gros ras-le-bol.

De notre correspondant à Barcelone (Espagne)

« J’en ai plein les c… de tout ce bordel ! Ils ont enfreint la loi. » Javier, d’origine basque, drapeau espagnol sur les épaules, ne cache pas sa colère. Sa femme Marga plaisante, « je n’aurais jamais imaginé mon mari défendre l’unité de l’Espagne ainsi. » Ira-t-il voter le 21 décembre prochain aux nouvelles élections pour le Parlement catalan ? « Les nouvelles ? Les seules ! Le dernier vote était illégal, ce n’en était pas un. »

Des centaines de milliers de partisans de l’unité de l’Espagne ont déferlé ce dimanche dans les rues de Barcelone, deux jours après la déclaration d’indépendance au Parlement catalan, aussitôt suivie d’un placement sous tutelle de la Catalogne. Les manifestants étaient300.000 selon la police municipale, 1 million selon la préfecture représentant l’Etat.

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« Puigdemont parle comme s’il représentait tout le monde »

Avec eux, un couple d’amis, Carlos et Fanny, posent les choses. Carlos détaille : « C’est très simple. À la fin de la dictature, il y a eu un processus : transition, constitution, paix. Au lieu d’en profiter, les indépendantistes font monter le nationalisme, ça culmine avec le séparatisme. » Marga ne manque pas de rappeler que ce qui l’énerve le plus. « C’est que Puigdemont parle comme s’il représentait tout le monde. » Et Carlos de conclure en synthétisant : « Nombreux, c’est certain. Tous, non. Majorité, non plus. »

Leurs avis divergent sur la nécessité d’appliquer l’article 155 de la Constitution transférant les compétences de la Catalogne aux ministères à Madrid, reprochant à
Madrid sa façon de gérer cette crise. C’est le cas aussi d’Ivo, Noel, Marcos, Ana et Andrea. Leur seul point de divergence par ailleurs.

Trop heureux de se réunir avec « les gens qui se sentent espagnols et se taisent parce que c’est mal vu », précise Noel. « Et on est doublement mal jugé. Par ceux d’ici qui disent que l’on est fasciste. Et le reste de l’Espagne qui croit désormais qu’on veut tous se séparer », s’alarme Andrea.

« Si on était indépendant, que se passerait-il ? »

Ils craignent aussi pour l’emploi avec le départ déjà de 1700 sièges sociaux d’entreprises. Noel qui travaille dans un hôtel affirme que le tourisme aussi souffre. « Il y a moins de demande, une chute de fréquentation de 30 à 40 %. » À son côté, Ivo ajoute dans la balance le boycott du reste de l’Espagne de produits catalans. Marcos tente d’analyser la méthode des indépendantistes : « Ce sont des appels aux sentiments, l’irrationnel, ça ne peut pas fonctionner. »

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Noel poursuit sur leur manque de programme, « si on était indépendant, que se passerait-il ? Aucune idée… Rien n’a été expliqué, en quoi ça consisterait. Ce n’est pas viable. » Le flou économique, un futur indécis, c’est ce qui inquiète le plus. Paco, quinquagénaire, s’est inquiété samedi de la déclaration d’indépendance.

« Avant on se plaignait d’apporter plus à l’Espagne avec nos impôts qu’elle ne nous le rendait en investissement. Cet argument ne va plus valoir », pointe-t-il. Sa belle-sœur Laura assure qu’il s’est passé « beaucoup de choses, les gens vont voir les choses différemment au moment de voter en décembre. » Avec Ana, la femme de Paco, et Isabel, sa belle-mère, ils se félicitent du succès de ce regroupement. « C’est difficile de réunir autant de monde. »

« Je suis catalaniste mais je suis d’abord espagnole »

17h30, ciel bleu, beau soleil, les manifestants ont quitté le Passeig de Gracia. Paqui regarde un monument entouré de pancartes appelant à l’unité de l’Espagne. Ces dernières semaines, « les indépendantistes se sont voilés la face, à croire à leur état fictif ». Carlos, grand, élancé, se joint à la discussion tout en allumant sa roulée. « Je reconnais juste aux indépendantistes que ce sont des gens de paix, tout va rentrer dans l’ordre sans violence. »

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Hélène et Lorraine, françaises d’origines mais natives de Barcelone, aimeraient bien retourner à la fac', bloquée régulièrement. « J’avais examen jeudi, ça a été repoussé. Des cours sautent, c’est déstabilisant », se plaint Lorraine. Elles arborent chacune un drapeau mélangeant le drapeau espagnol et catalan. « C’est pour dire qu’on ne veut pas que la Catalogne et l’Espagne soient séparées. Je suis catalaniste mais je suis d’abord espagnole. Et ça ne fait pas de moi une fasciste comme je l’entends parfois », affirme Hélène.

Âgées de 18 ans, le 21 décembre, ce sera la première fois qu’elles iront voter. « Excitant », à les entendre, elles ne rateront pas ce scrutin qui pourrait permettre d’y voir plus clair dans le flou catalan actuel.