Catalogne: Au lendemain de la déclaration d'indépendance, les Barcelonais craignent de nouvelles violences

REPORTAGE Au lendemain de la déclaration unilatérale d’indépendance vendredi par le Parlement catalan, les Barcelonais espèrent avant tout que la situation ne dégénèrera pas…

Antonin Vabre

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Un jeune Barcelonaise devant le bâtiment de la Generalitat à Barcelone le 28 octobre 2017.
Un jeune Barcelonaise devant le bâtiment de la Generalitat à Barcelone le 28 octobre 2017. — Antonin Vabre / 20 Minutes
  • Vendredi, le Parlement catalan a voté l’indépendance de la région et proclamé la « République catalane »
  • Madrid a aussitôt répondu en annonçant la mise sous tutelle de la région, conformément à l’article 155 de la Constitution et la convocation de nouvelles élections dans la région pour le 21 décembre.
  • Samedi, à Barcelone, les habitants vivaient dans l’incertitude face à cette situation inédite, craignant un affrontement violent avec les forces de l’ordre.

De notre correspondant à Barcelone (Espagne),

Olga, drapée dans son estelada, regarde tristement le drapeau espagnol qui flotte au-dessus du Palais de la Généralité, siège du gouvernement catalan. « Je pensais qu’ils l’enlèveraient, je ne comprends pas pourquoi il est toujours là », regrette-t-elle incrédule.

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« Si les élections sont imposées par Madrid, pourquoi voter ? »

Elle s’attendait cependant aux mesures décidées par Mariano Rajoy et sa majorité.En appliquant vendredi l’article 155 de la Constitution, le chef du gouvernement espagnol a suspendu l’autonomie de la Catalogne, désormais sous tutelle des ministères espagnols. Le président Carles Puigdemont risque 15 à 30 ans de prison pour rébellion, de nouvelles élections au Parlement catalan sont convoquées pour la mi-décembre.

Olga ne sait pas si elle ira y voter. « Si elles sont imposées par Madrid, je ne vois pas pourquoi. » Rappelant la violence policière lors du référendum, elle estime que la cause indépendantiste il y a encore quelques mois vivait dans la résignation, « Rajoy l’a boostée ! »

Dans le quartier de Poble sec, au pied des collines de Montjuic, Laura, la vingtaine, regrette la manière de faire des indépendantistes et le manque de garanties sur le référendum du 1er octobre mais ce n’est rien à côté de « l’autoritarisme, la violence institutionnelle de Madrid. C’est fou et exagéré. »

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« Ici nous sommes pacifistes, c’est la Guardia Civil, qui a été violente »

Cette situation inédite laisse plusieurs scenarios ouverts. Une des craintes est évidemment que la confrontation ne se radicalise. Pas pour Laura : « tout le monde sait combien la question de l’image est essentielle. Et on a grandi dans l’éducation de la paix ici. »

Eva, elle craint la répression policière qu’il pourrait y avoir. Son point de vue trouve écho chez ces trois femmes qui reviennent du marché. Angeles, sa nièce qui porte le même nom, et Manuela, peu enclines à donner leur point de vue au début deviennent vite intarissables. « Ici nous sommes pacifistes,ce sont ceux qui sont venus de l’extérieur, la Guardia Civil, qui ont été violents », lance la tante. Quant aux élections en décembre, elles iront voter pour montrer que l’indépendantisme est majoritaire, mais Manuela s’interroge : « le problème c’est qu’on ne sait pas trop de qui on dépend. De la Catalogne ou de l’Espagne ? » Tandis qu’Angeles, la nièce, plus que de la violence se dit surtout « préoccupée par les entreprises qui quittent la Catalogne. »

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« Ils ont voté l’indépendance avec la moitié du Parlement, rien n’est légal depuis le début »

Sur ce point, Sergi, étudiant, est très clair : « elles avaient prévenu qu’elles partiraient si cette bêtise de l’indépendance allait trop loin, c’est totalement normal. » Enervé par le temps que dure cette question, il a perçu comme un soulagement la décision de Mariano Rajoy à la suite de la déclaration d’indépendance unilatérale.Il n’avait pas pris part au référendum et participera au vote organisé par Madrid pour le Parlement catalan. « Hier ils ont voté l’indépendance avec la moitié du Parlement, rien n’est légal depuis le début, ça ne me satisfait pas. »

La question de la légalité du scrutin organisé par Puigdemont est l’argument n°1 de ceux qui perçoivent d’un bon œil l’application de l’article 155. Comme Luis qui explique que « les indépendantistes n’ont pas un projet précis. Qu’ils fassent des propositions et qu’on en discute. Les dirigeants parlent de mieux partager les richesses créées ici. Mais c’est d’abord pour ne pas les partager avec les Espagnols qu’ils veulent l’indépendance. C’est contradictoire. » S’il considère qu’une minorité qui n’a rien à perdre pourrait virer dans la violence, il craint surtout une crise économique comme conséquence des dernières semaines.

Montserrat confirme que les gens « naviguent, sans savoir où ils vont. Cette incertitude crée un mal-être ». Elle accorde toute sa confiance au président catalan, Carles Puigdemont et se rassure en affirmant que « la vie ce sont des cycles, si un cercle se referme avec l’article 155, un autre commencera. » Vantant la tolérance et l’ouverture d’esprit de ses concitoyens catalans, elle est persuadée que la situation ne débordera pas. « Avec mes amis, quand le ton monte, on change de discussion, en revanche c’est certain que Madrid attend une seule chose. Que ça dégénère. » Réponse ce dimanche à 16h, le RDV qu’ont fixé les opposants à l'indépendance pour une marche à Passeig de Gracia…