Le PAM s'inquiète d'un futur rationnement des produits alimentaires

ALIMENTATION La flambée des prix a aussi des conséquences néfastes sur l'aide humanitaire

Anne-Noémie Dorion

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La malnutrition tue chaque année 5 millions d'enfants, avant leur cinq ans, selon MSF.
La malnutrition tue chaque année 5 millions d'enfants, avant leur cinq ans, selon MSF. — MSF
La flambée des prix des produits alimentaires n’a pas pour seule conséquence de grever le budget des ménages français. L’aide humanitaire pourrait, à terme, être mise à mal par l’envolée faramineuse des denrées alimentaires. Ce lundi matin, Josette Sheeran, la directrice du programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), a tiré la sonnette dans les colonnes du Financial Times.
«Si les donateurs du PAM ne contribuent pas davantage à apporter leur contribution, a-t-elle mis en garde, celui-ci devra alors rationner l’aide alimentaire», voire la limiter aux personnes qui en ont prioritairement besoin. Pour l’instant, l’organisme réussit à minimiser l’impact en changeant ses habitudes. «Nous arrivons encore à nous en sortir en privilégiant les achats locaux, pour diminuer le coût des produits et des transports, précise à 20minutes.fr Christiane Berthiaume, porte-parole du PAM à Genève. Mais ça n’est pas suffisant.»

Tournant historique
L’agence humanitaire la plus importante du monde n’est pourtant pas en mesure de s’occuper des 852 millions de pauvres touchées par la faim. «En 2008, notre objectif est d’aider 73 millions de personnes dans 78 pays. Abaisser ces prétentions, qui se limitent à l’aide prioritaire d’urgence, serait scandaleux», insiste la porte-parole. D’autant que le nombre de personnes insuffisamment nourries ne cesse d’augmenter. «Nous sommes confrontés à un tournant historique des problématiques alimentaires: le stock de céréales n’a jamais été aussi bas depuis trente ans. Malgré les progrès effectués par plusieurs pays en difficulté, comme l’Inde et la Chine, le nombre de personnes qui ne mangent pas à leur faim est en hausse, estime Christiane Berthiaume. Face à cette demande accrue, l’augmentation des matières premières, à laquelle s’ajoutent celles du fioul et des transports, pourrait rendre la situation vraiment préoccupante.»

Un demi million de dollars supplémentaires

En 2006, le budget, de 2,9 millions d’euros, a permis de distribuer 4 millions de tonnes de produits alimentaires. Cette année, le PAM compte sur une augmentation de ses ressources de 0,5 million de dollars, délivrée par ses donateurs. Au premier rang desquels les Etats-Unis et l’Union Européenne, qui restent les deux premiers à subventionner l’organisme onusien.