Qui était Daphne Caruana Galizia, la blogueuse maltaise anti-corruption assassinée lundi?

PORTRAIT Cette blogueuse et journaliste maltaise était à l’origine de révélations de corruption au sein de l’entourage d’hommes politiques de l’île…

L.C.

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Une photo prise le 27 avril 2017 de la blogueuse et journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, assassinée le 16 octobre 2017.
Une photo prise le 27 avril 2017 de la blogueuse et journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia, assassinée le 16 octobre 2017. — MATTHEW MIRABELLI / AFP
  • A 53 ans, la journaliste Daphne Caruana Galizia est morte dans l’explosion de sa voiture, près de son domicile à Bidnija.
  • Elle était connue pour avoir révélé des affaires de corruption au sein de la classe politique maltaise.
  • Son fils accuse le gouvernement maltais d’être complice de ce meurtre.

Les images d’une carcasse de voiture carbonisée font la Une des médias maltais ce mardi. Il s’agit du véhicule de Daphne Caruana Galizia, journaliste d’investigation et blogueuse, assassinée à 53 ans près de son domicile à Bidnija, dans le nord de l’île méditerranéenne. Qui était cette journaliste qui enquêtait sur la corruption ?

« Un WikiLeaks entier en une seule femme »

Mariée et mère de trois garçons, Daphne Caruana Galizia était une célébrité nationale à Malte. Elle avait travaillé dans plusieurs rédactions maltaises et était surtout connue pour son blog, en anglais, Running Commentary (« commentaire en continu »), l’un des sites les plus lus de l’île. C’est sur ce blog qu’elle publiait régulièrement des accusations et des scoops concernant des affaires de corruption, ainsi que quelques attaques acerbes sur l’apparence de certains hommes politiques maltais.

Pour le magazine Politico, qui l’avait classée au printemps dernier parmi les « 28 personnalités qui font bouger l’Europe », Daphne Caruana Galizia était alors « un WikiLeaks entier en une seule femme, en croisade contre le manque de transparence et la corruption à Malte ». Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange s’est d’ailleurs indigné sur Twitter après le meurtre de la journaliste et a promis une récompense de 20.000 euros pour toute information sur les assassins.

Panama Papers et corruption

Elle avait publié de nombreux articles sur l’implication de proches du Premier ministre Joseph Muscat dans les Panama Papers en 2017, obligeant le leader travailliste à convoquer des élections anticipées, lors desquelles il avait été réélu. Une heure avant son assassinat, elle avait publié un billet dans lequel elle accusait à nouveau le chef de cabinet du Premier ministre maltais d’être corrompu, avant de conclure : « il y a des escrocs partout où l’on regarde maintenant, la situation est désespérée ».

Historiquement proche du parti d’opposition, pour lequel elle avait fait campagne en mai dernier, la blogueuse avait accusé le nouveau leader de la formation, Adrian Delia, d’avoir un compte bancaire domicilié dans le paradis fiscal de l’île de Jersey, et de l’alimenter avec de l’argent issu de la prostitution à Londres.

Poursuivie pour diffamation

« C’est elle qui a révélé les plus grands scandales à Malte. Même si elle s’est aussi fait beaucoup d’ennemis en écrivant parfois des stupidités », dit Arnold Cassola, ancien chef de file du parti Vert maltais cité par Le Monde. Ses écrits lui avaient valu des poursuites pour diffamation.

Lundi soir, des milliers de personnes se sont spontanément rassemblées, bougies à la main, à Sliema, près de la capitale La Valette, pour une veillée en son honneur. Un nouveau rassemblement y a eu lieu ce mardi, devant le tribunal pour réclamer « justice pour Daphne ». Le fils de Daphne Caruana Galizia a accusé ce mardi le gouvernement maltais de complicité dans ce meurtre.