VIDEO. Catalogne: Sale week-end pour les indépendantistes catalans?

INDEPENDANCE Au moins 350.000 personnes ont défilé dans les rues de Barcelone ce dimanche contre l’indépendance de la Catalogne. Dans le camp indépendantiste, des voix s’élèvent pour calmer le jeu...

F.P.

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Des centaines de manifestants ont défilé dans les rues de Barcelone ce dimanche contre l'indépendance de la Catalogne.
Des centaines de manifestants ont défilé dans les rues de Barcelone ce dimanche contre l'indépendance de la Catalogne. — AFP
  • Mardi à 18h, Carles Puigdemont, président de la Generalitat, le gouvernement autonome catalan, doit prendre la parole devant le parlement catalan. L’occasion rêvée pour les séparatistes catalans de déclarer l’indépendance unilatérale de la Catalogne.
  • Mais ces derniers jours, plusieurs voix dans le camp indépendantiste invitent à gagner du temps, estimant que la Catalogne n'est pas prête à une indépendance immédiate.
  • Ce dimanche, 350.000 personnes ont défilé dans Barcelone contre l’indépendance de la Catalogne et des entreprises continuent à transférer leurs sièges sociaux en dehors de la région.

Mardi, à 18 h… C’est désormais l’ultimatum fixé par les indépendantistes catalans au premier ministre espagnol Mariano Rajoy dans la crise politique qui secoue le pays depuis le 1er octobre, date du référendum sur l’indépendance de la Catalogne, consultation interdite par Madrid et marquée par des violences policières.

Depuis ce jour, Madrid et Barcelone sont dans un dialogue de sourds, Mariano Rajoy excluant toute négociation possible tant que les dirigeants séparatistes de Catalogne ne font pas machine arrière dans leur volonté de déclarer l’indépendance.

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Une séance parlementaire qui entretient le flou

Mardi, 18h correspond à l’heure à laquelle Carles Puigdemont, président de la Generalitat, le gouvernement autonome catalan, doit prendre la parole devant le parlement catalan. Il devrait y prononcer la déclaration d’indépendance unilatérale de la Catalogne, quoi qu’en dise le gouvernement espagnol.


Mais le conditionnel est de mise. Ces derniers jours, la position des séparatistes catalans semble avoir perdu de la vigueur. La séance parlementaire au cours de laquelle interviendra Carles Puigdemont, a pour ordre du jour de parler de la « situation politique » et ne dit plus aussi clairement qu’il s’agira de déclarer l’indépendance de la Catalogne. « Nous sommes obligés de ruser, lance à 20 Minutes l’avocat Ignasi Fortuny, membre de l’ Assemblée nationale catalane, une organisation politique qui a pour but l’indépendance de la Catalogne. Le tribunal constitutionnel espagnol a déjà suspendu la séance parlementaire prévue lundi parce que nous envisagions de déclarer l’indépendance unilatérale de la Catalogne. L’ordre du jour de mardi est volontairement évasif pour éviter une nouvelle suspension. »

Mais tout de même, à écouter Marti Anglada, délégué du Gouvernement de la Catalogne en France, cette journée de gagnée pour décider du sort de la Catalogne n’est pas de refus. « Le gouvernement espagnol dispose ainsi d’un temps supplémentaire pour ouvrir un dialogue avec la Catalogne, explique-t-il à 20 Minutes. De notre côté, nous sommes toujours prêts à nous asseoir autour d’une table. Nous appelons d’ailleurs à une médiation internationale pour que Mariano Rajoy accepte de discuter du futur de la Catalogne et des relations à entretenir avec l’Espagne. »

Des derniers jours difficiles pour les indépendantistes

Reste à savoir à qui ces quelques heures grappillées profitent le plus. Autant les séparatistes catalans sortaient renforcés du week-end dernier, notamment par ces photos largement diffusées de Catalans blessés par la police espagnole en marge du référendum, autant ces derniers jours ont été compliqués.

Entre 350.000 et 930.000 personnes (suivant qu’on soit du côté de la police municipale ou des organisateurs) ont défilé dimanche dans les rues de Barcelone pour manifester leur hostilité à l’indépendance de la Catalogne au cri de « Vive la Catalogne ! Vive l’Espagne ! ». « Cette participation, non négligeable, montre qu’il y a tout de même une part importante de la population opposée à l’indépendance », note Manuelle Peloille, professeur de civilisation espagnole à l’université d’Angers et directrice de la revue Cahiers de civilisation espagnole.

Manuelle Peloille ajoute à cela le faible soutien des grands dirigeants européens - « Emmanuel Macron et Angela Merkel en tête »- au mouvement indépendantiste catalan et évoque surtout « les décisions de plusieurs entreprises,y compris de la Caixa, troisième banque d’Espagne, de transférer leur siège social en dehors de la Catalogne ». Elles craignent l’insécurité juridique que provoquerait la proclamation de l’indépendance de la région. L’avocat Ignasi Fortuny voit dans ses transferts une manipulation de Madrid. « Il n’empêche, reprend Manuelle Peloille, ces déménagements montrent qu’une indépendance de la Catalogne ne rassure pas tout le monde. »

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« Calmer le jeu »

Depuis vendredi, plusieurs voix s’élèvent alors dans le camp des indépendantistes pour calmer le jeu et dissuader le gouvernement autonome de prononcer mardi une déclaration d’indépendance unilatérale et immédiate de la Catalogne. Y compris celle d’Artur Mas, ancien président de la Generalitat de Catalogne, pourtant fervent indépendantiste. Dans une interview auFinancial Times vendredi, ce dernier a estimé que « la Catalogne n’était pas prête pour une réelle indépendance ».

Selon la Vanguardia, un quotidien barcelonais, la position des indépendantistes pencherait désormais vers une déclaration d’Indépendance à l’effet reporté de plusieurs mois, afin de mieux préparer la sortie de l’Espagne. Mais cette option est tout autant inacceptable pour Mariano Rajoy.

Manuelle Peloille ne voit alors que trois sorties de crise possible : « Soit rien ne change et le gouvernement espagnol sort grand gagnant de cette crise, soit la Catalogne devient indépendante mais cela me semble aujourd’hui peu probable, soit les deux parties se mettent autour d’une table et révisent la Constitution espagnole en vue d’accorder un peu plus de pouvoirs à la Catalogne. »

Une discussion impossible ?

« Impossible, rétorque Ignasi Fortuny. Cela fait sept années que nous demandons à Madrid une plus grande autonomie. Nous n’avons pas été écoutés. C’est trop tard désormais. Modifier la Constitution serait un processus qui prendrait du temps, or nous n’avons aucune confiance en l’État espagnol. »