Corée du Nord: La Chine s’interroge sur l’après Kim Jong-un

COREE DU NORD Le dernier essai nucléaire nord-coréen a attisé la colère de Pékin...

M.C. avec AFP

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Un portrait de Kim Jong-un par un artiste chinois exposé sur un marché de Pékin.
Un portrait de Kim Jong-un par un artiste chinois exposé sur un marché de Pékin. — GREG BAKER / AFP
  • La Chine, alliée de longue date de la Corée du Nord, étudie différents scénarios en cas de chute du leader de Pyongyang.
  • Il pourrait s’agir d’un moyen de se rapprocher de Washington et de faire peur à Pyongyang.
  • L’hypothèse d’un retrait des troupes et du bouclier antimissiles américains de la région ne déplaît pas non plus à Pékin.

Un changement de régime en Corée du Nord ? Le sujet a longtemps été tabou pour la Chine. Du point de vue de Pékin, une guerre et/ou un effondrement du régime de Kim Jong-un risqueraient d’amener un flot de réfugiés sur son territoire et des troupes américaines à sa frontière, et la Chine continue donc à plaider pour « le dialogue », afin de convaincre la Corée du Nord de renoncer à la bombe.

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Mais le dernier essai nucléaire nord-coréen, début septembre, a attisé la colère de Pékin qui a voté et promis d’appliquer les sanctions de l’ONU, en réduisant ses livraisons de pétrole à Pyongyang. Désormais, la Chine s’interroge ouvertement sur l’après-Kim Jong-un. Certains commentateurs chinois s’autorisent donc désormais à évoquer l’impensable : une rupture entre les frères d’armes, unis pendant la guerre de Corée (1950-53).

Troupes chinoises et réunification de la péninsule coréenne

Une semaine après le dernier essai nucléaire nord-coréen, dont les secousses ont semé la panique dans les régions frontalières du nord-est de la Chine, un expert des questions internationales a carrément appelé Pékin à engager des discussions avec les Etats-Unis et la Corée du Sud sur l’après-Kim.

Sous le titre Il est temps de se préparer au pire en Corée du Nord, Jia Qingguo, doyen de l’Ecole d’études internationales de la prestigieuse Université de Pékin, s’interroge pour savoir qui des Américains ou des Chinois devraient mettre la main sur les installations nucléaires nord-coréennes, afin de les sécuriser.

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Il envisage que les troupes chinoises entrent dans le pays afin d’installer des zones de protection pour les réfugiés et les empêcher de pénétrer en Chine. Il évoque une présence de troupes sud-coréennes ou onusiennes pour maintenir l’ordre en Corée du Nord et s’interroge sur une possible réunification politique avec Séoul. « La communauté internationale devra-t-elle mettre en place un nouveau gouvernement pour la Corée du Nord, ou bien organiser, sous l’égide de l’ONU, un référendum sur la réunification dans toute la péninsule en vue d’une Corée réunifiée ? », se demande-t-il.

Faire peur à Kim Jong-un

L’article a été publié en anglais sur le site East Asia Forum, de l’Université nationale australienne, mais il est peu probable que le gouvernement chinois n’ait pas donné son aval à sa diffusion. Pour un diplomate occidental en poste à Pékin, il peut s’agir simplement pour le régime chinois de faire peur au dirigeant nord-coréen - et bonne impression aux Etats-Unis avant la venue du président américain Donald Trump, attendu en Chine en novembre.

« Si la communauté internationale peut s’unir pour lui faire croire qu’il va vraiment y avoir une guerre, il y a une chance que la Corée du Nord gèle ses essais nucléaires », imagine le chercheur Wang Peng, de l’Université Fudan à Shanghai.

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« On se porterait mieux sans les Nord-Coréens »

Mais pour David Kelly, du cabinet de recherche China Policy, basé à Pékin, il y a bel et bien un débat au sein de l’intelligentsia chinoise, qui se dit : « on se porterait mieux sans les Nord-Coréens, une Corée réunifiée serait une chance formidable pour la Chine, le nord-est (chinois) en profiterait ».

Même analyse pour Barthélémy Courmont, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques à Paris : « La Chine estime désormais qu’un éclatement de la Corée du Nord ne se ferait pas nécessairement à son désavantage », notamment sur le plan économique. « Si la Corée du Nord venait à tomber de façon pacifique, la Chine serait aux premières loges pour la reconstruction. La Chine est le seul pays capable d’assurer la reconstruction de la Corée du Nord », souligne-t-il.

Le vrai intérêt de la Chine : le retrait du bouclier antimissiles américain de la région

En cas d’effondrement du régime, ce serait à Pékin de jouer ses cartes au mieux afin de profiter de la réunification, observe Deng Yuwen, ancien responsable de la revue de l’Ecole centrale du Parti communiste chinois, qui a dû quitter ses fonctions en 2013 après un article appelant – déjà – à rompre avec Pyongyang. « Si les deux Corées sont réunifiées, il n’y aura plus de nécessité à la présence des troupes américaines en Corée du Sud et le peuple sud-coréen ne les laissera pas rester », pronostique-t-il, dans un article publié en avril par le centre de réflexion indépendant Charhar Institute.

Cerise sur le gâteau, le bouclier antimissiles américain Thaad, installé pour contrer d’éventuels missiles nord-coréens, n’aurait plus non plus de raison de se maintenir en Corée du Sud. La question du Thaad, bête noire des dirigeants chinois, « serait tout naturellement résolue », plaide Deng Yuwen. Au final, si Pékin peut être tenté de lâcher son difficile allié, « le seul problème c’est de savoir comment couper le cordon, parce que personne ne sait comment la Corée du Nord réagira », avertit David Kelly.

Mais si un certain nombre de scénarios sont probablement à l’étude à Pékin, il est encore trop tôt pour que le sujet soit abordé avec la première puissance mondiale, estime auprès de l’agence Bloomberg Su Hao, professeur de relations internationales à l’Université chinoise des affaires étrangères. « C’est stratégiquement prématuré pour la Chine d’en discuter avec la Corée du Sud ou les Etats-Unis, estime-t-il. En revanche, il est plus probable qu’elle évoque la question avec la Russie car leurs intérêts dans la région sont plus proches. »