Référendum en Catalogne: « C’est le moment le plus fort depuis la fin de la dictature », s’exclame Carme

ESPAGNE La pluie, les longues files d’attente, la violence policière… Rien n’a altéré l’envie de voter des Catalans…

Antonin Vabre

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Devant l'école Collaso i Gil, ce dimanche, dans le quartier du Raval à Barcelone.
Devant l'école Collaso i Gil, ce dimanche, dans le quartier du Raval à Barcelone. — Antonin Vabre

De notre envoyé spécial à Barcelone, 

Pour empêcher le référendum d’autodétermination en Catalogne, Madrid voulait confisquer bulletins et urnes. Mais aussi fermer les points de vote, principalement des écoles. Ordre avait été donné de les sceller. C’était sans compter la parade d’associations de parents d’élèves, qui ont occupé les établissements scolaires de Barcelone dès la fin des cours, vendredi soir. « Pour que ce soit légal, il a fallu élaborer un programme d’activités et on a inventé une fête de quartier », explique Estelle, étudiante Erasmus venue prêter main-forte. L’école Pare-Manyanet, dans le quartier Les Corts, a donc proposé un tournoi de basket nocturne, des jeux de société ou encore du yoga. Mais « c’était du vent. Quand les flics sont passés dans la nuit, on faisait semblant de s’étirer. On était une trentaine de toutes les générations. »

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Un peu plus loin, à l’école Ausias-March, deux générations ont voté. Luis, retraité, et ses deux fils. « Nous sommes arrivés à 5h15, les urnes à 5h30. On a voté mais on reste ici, ça fait dix heures. La police veut venir tout confisquer en fin de journée. Je n’en reviens pas qu’on ait pu voter. »

« Notre vote les emmerde ? Qu’ils nous laissent seuls ! »

Quartier Gracia, c’est une queue de 200 m qui sort de l’Espai Jove. Les listes électorales étaient informatiques, des bugs ont bloqué le vote. Pilar est patiente, cette Catalane sexagénaire a attendu des années pour « dire aux Espagnols que je ne veux pas être avec eux, je veux qu’on s’autogère. Notre vote les emmerde ? Qu’ils nous laissent seuls ! » À côté, Carme affirme que la journée est historique. « Depuis la fin de la dictature [en 1977], c’est le moment le plus fort. »

Fort comme les coups des policiers de la Guardia Civil qu’elles voient sur les réseaux sociaux. Dans la queue, les gens échangent, craignent que ne vienne leur tour. « Le fascisme est en train de montrer son vrai visage », s’écrie un homme. Quand des indications sont données au porte-voix sur l’avancée du vote ou que faire en cas d’arrivée de la Guardia civil, toute la foule applaudit et claironne « Votarem » (nous voterons).

« L’Espagne est la plus jeune démocratie d’Europe avec la Constitution la plus arriérée »

Dans le Raval, quartier du centre historique, l’école Collaso i Gil est aussi occupée par des civils. Craignant l’arrivée des autorités, Nico et Marcel se joignent à des dizaines de personnes pour conserver ce lieu de vote. « Demain, comment ce sera ? Personne ne peut savoir, ce que l’on vit est unique. » À côté d’eux, sous son parapluie, Eric affirme que « l’Espagne est la plus jeune démocratie d’Europe avec la Constitution la plus arriérée ». La « démesure » des actions du chef du gouvernement Mariano Rajoy ces dernières semaines ont poussé Antonio à aller voter. Pas de fierté particulière de l’avoir fait, juste le sentiment du devoir accompli.

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« Il faut trouver une autre voie désormais »

Josep, Aina et Guillem sont venus de Valence soutenir leurs amis Pau et Xavier. Ce dernier, cheveux poivre et sel, a attendu ce vote toute sa vie. « On ne retournera plus en arrière. La situation telle qu’elle a été entre la Catalogne et Madrid va changer. Il faut trouver une autre voie désormais. » Dans tous les cas, ils n’oublieront jamais cette journée, assure Guillem : « J’ai vu une grand-mère les larmes aux yeux en quittant le bureau. Ces gens ont connu la dictature, ils savent ce que c’est… » On aide ces personnes âgées à passer devant la queue. Des cris retentissent lorsque quelqu’un sort du bureau en lâchant un « j’ai voté ».

À l’école de langues de Drassanes, Dani fait le même constat. « C’est le vote le plus émouvant de ma vie. J’ai vu des scènes incroyables. On vote avec le cœur, ça n’a rien à voir avec les élections habituelles auxquelles on ne croit plus. » Sauf que celle-ci n’est pas reconnue.