Les observateurs internationaux, chargés de suivre le déroulé du référendum d'autodétermination organisé ce dimanche 1er octobre en Catalogne, ont constaté de nombreux empêchements émanant du gouvernement espagnol.
Les observateurs internationaux, chargés de suivre le déroulé du référendum d'autodétermination organisé ce dimanche 1er octobre en Catalogne, ont constaté de nombreux empêchements émanant du gouvernement espagnol. — Manu Brabo/AP/SIPA

INTERVIEW

VIDEO. Référendum en Catalogne: «J'ai vu les Catalans en larmes et en sang»

Gérard Onesta, l’un des trente-trois observateurs internationaux envoyés en Catalogne pour suivre le référendum d’autodétermination organisé ce dimanche dans la région, raconte à « 20 Minutes » ce dont il a été témoin dans les bureaux de vote qu’il a visités…

Le divorce pourrait ne jamais être prononcé, mais les tensions entre la Catalogne et l’Etat espagnol n’en sont pas moins à leur comble. Ce dimanche, la région catalane organisait un référendum d’autodétermination, pas au goût de Madrid, qui a tout tenté pour annuler le scrutin. Ce dimanche, les forces de l’ordre espagnoles ont saisi des urnes et chargé des civils catalans venus voter, faisant, selon le gouvernement catalan, plus de 300 blessés, dont des personnes âgées.

Gérard Onesta, l’un des trente-trois observateurs internationaux dépêchés sur place pour suivre le scrutin, raconte à 20 Minutes les événements dont il a été témoin dans les bureaux de vote catalans ce dimanche.

Vous faites partie des trente-trois observateurs internationaux mandatés pour suivre le déroulement du scrutin, pouvez-vous nous en dire plus sur ce que représente concrètement votre mission ?

Une mission d’observation internationale est quelque chose de très classique. Les instances organisatrices du scrutin convient des observateurs de tous partis politiques – moi je suis écologiste —, et de différentes nationalités, qui viennent de l’extérieur afin de pouvoir témoigner de la valeur ou non du scrutin qu’ils sont amenés à observer, ce qui est une prise de risque pour ceux qui nous convient, mais aussi une assurance.

Concrètement, nous sommes arrivés il y a plusieurs jours en Catalogne, et nous avons rencontré des experts internationaux et des interlocuteurs locaux. Et de nombreuses irrégularités sont à mettre au crédit du gouvernement espagnol dans ce scrutin. Mariano Rajoy déclare que le référendum a été déclaré illégal par la justice, mais en réalité le tribunal n’a fait que suspendre le texte autorisant la tenue dudit référendum. Le chef du gouvernement indique par ailleurs avoir tous les droits de mettre sous scellés le matériel électoral. En réalité, il aurait dû pour cela invoquer l’article 155 de la Constitution espagnole, en vertu duquel le gouvernement peut « prendre les mesures nécessaires pour contraindre [la communauté autonome] à respecter ces obligations ou pour protéger l’intérêt général ». De même, le chef du gouvernement, qui taxe le scrutin d’inconstitutionnalité, contrevient lui-même, en plus de l’article 155, aux articles 2 et 10 du même texte. Le premier « reconnaît et garantit le droit à l’autonomie des nationalités et des régions » de la nation espagnole, et le second consacre la supériorité des traités internationaux dont l’Espagne est signataire à la Constitution. Or l’Espagne est signataire de la Charte des Nations Unies, qui reconnaît le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Vous qui êtes aujourd’hui sur place en Catalogne, pouvez-vous nous raconter les différentes scènes auxquelles vous avez assisté dans les bureaux de vote que vous avez visité ?

Aujourd’hui, mes collègues observateurs internationaux et moi-même avons formé une dizaine de convois différents, pour sillonner toute la Catalogne, du petit village de montagne à la grande ville en passant par les villes côtières de taille moyenne. On a vérifié si techniquement, le scrutin remplissait les conditions de validité. Y avait-il des urnes ? Oui. Des bulletins de vote ? Oui. La question, objet du référendum, était-elle clairement posée ? Oui. Etait-elle traduite dans les trois langues officielles de la région (espagnol, catalan et occitan) ? Oui. La connaissance des bureaux de vote a-t-elle été assurée aux électeurs ? Oui. Le droit de ne voter qu’une seule fois a-t-il été respecté ? Là encore, la réponse est oui.

Et surtout, nous sommes aussi envoyés sur place pour vérifier s’il y a des empêchements à la bonne tenue du scrutin. Et là, on a halluciné ! En plusieurs décennies, je n’ai jamais rien vu de pareil ! On a vu d’horribles scènes se dérouler à quelques mètres, sous nos yeux. Il y a trois ans presque jour pour jour, j’ai suivi la consultation citoyenne en Catalogne et à l’époque, j’ai vu des gens heureux. Aujourd’hui, j’ai vu des Catalans en larmes et en sang. Une dame âgée redoutait que mes collègues observateurs et moi quittions le bureau de vote, de peur que la police ne vienne s’emparer de l’urne pleine de bulletins. C’est inadmissible d’assister à ça en Europe aujourd’hui.

Justement, dans le rapport d’observation que vous allez faire du scrutin, la saisie par la police espagnole d’urnes remplies de bulletins de vote risque-t-elle d’entacher la validité du scrutin ?

Lorsqu’on ne peut pas analyser le contenu d’urnes électorales justement parce qu’elles ont été saisies, cela constitue déjà une analyse en soi. Le simple fait de voir qu’il y aura moins de bulletins que de votants officiellement comptabilisés, ce qui va fatalement se produire vu que des urnes ont été saisies, sera plutôt à mettre au crédit des Catalans. Nous, les observateurs internationaux, allons ainsi rester plusieurs jours sur place pour surveiller de près les suites de ce scrutin.

Vous disiez avoir vu les Catalans « en larmes et en sang ». Ont-ils eu peur ce dimanche avec toutes ces charges policières ?

Absolument pas. J’ai entendu les foules scander à l’unisson « Je n’ai pas peur », qui se trouve être le même slogan scandé par les Catalans il a quelques semaines au lendemain des attentats qui ont frappé la région. Avec ces mots, ils ont aujourd’hui dénoncé une autre forme de terrorisme à leur encontre, qui n’aurait jamais dû se produire durant un processus démocratique.