Présidentielle américaine: Cinq choses à retenir du livre-événement d’Hillary Clinton

COULISSES Dix mois après sa défaite face à Donald Trump, Hillary Clinton publie ce mardi aux Etats-Unis un récit personnel sur sa défaite…

C.P. avec AFP

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Hillary Clinton, le 7 juin 2017 à New York.
Hillary Clinton, le 7 juin 2017 à New York. — Christopher Smith/AP/SIPA

Cinq cents pages pour raconter « ce qu’il s’est vraiment passé » durant la présidentielle américaine de 2016 : dans son livre événement What happened (Ça s’est passé comme ça, dans la version française disponible le 20 septembre chez Fayard), publié ce mardi aux Etats-Unis, l’ex-candidate démocrate Hillary Clinton relate les coulisses de la campagne. Retour sur les principales anecdotes et révélations de ce témoignage inédit.

Un (petit) mea culpa….

Pourquoi a-t-elle perdu cette élection alors que les sondages la donnaient gagnante jusqu’au bout ? C’est la question obsessionnelle qui traverse le livre. « Il n’y a pas eu une journée depuis le 8 novembre 2016 durant laquelle je ne me suis pas posé la question : pourquoi ai-je perdu ? J’ai parfois du mal à me concentrer sur autre chose », écrit celle qui s’était fait une religion, depuis un quart de siècle, de ne jamais fendre l’armure en public.

« Je n’ai pas toutes les réponses et ceci n’est pas un compte rendu exhaustif de l’élection de 2016, écrit-elle dans un extrait cité par Libération. Dans ce livre, je raconte des moments de la campagne, sur lesquels je voudrais revenir, et refaire différemment. Si les Russes pouvaient pirater mon subconscient, ils verraient que la liste est longue. »

Elle consacre ainsi de nombreuses pages à énumérer les facteurs ayant contribué à sa défaite : désir de changement, rejet de sa personne, misogynie, sentiment de désaffection économique d’une partie des classes populaires blanches. « Les forces à l’œuvre en 2016 ne ressemblaient à rien de ce que j’avais vu ou lu »,a-t-elle confié dimanche dans une première longue interview accordée à l’émission CBS Sunday Morning, c’était « la tempête parfaite ».

Hillary Clinton assume aussi sa part de responsabilité. Elle reconnaît l’échec de sa stratégie de tenter d’offrir des solutions aux électeurs en colère, déçus ou laissés pour compte que le milliardaire a su si bien séduire. « Un tas de gens ne voulaient pas entendre parler de mes plans. Ils voulaient que je communie dans leur colère. Et j’aurais dû m’y prendre bien mieux pour leur faire comprendre que je les comprenais », a-t-elle reconnu.

Selon elle, Donald Trump a aussi exploité « l’anxiété raciale et culturelle » des Blancs. « Nombre de ces électeurs avaient peur que les gens de couleur - surtout les Noirs, les Mexicains et les musulmans - menacent leur mode de vie ».

Elle juge que sa plus grande erreur a été d’utiliser un serveur personnel pour ses courriels alors qu’elle était secrétaire d’Etat. Une erreur qui lui a valu des attaques incessantes de ses adversaires républicains et une enquête funeste du FBI, qui in fine a été abandonnée.

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… et beaucoup de règlements de compte

L’ex-candidate refuse d’absoudre les protagonistes externes, en premier lieu le FBI, la Russie et les médias américains.

Dans une interview au quotidien USA Today publiée ce mardi, elle se dit persuadée que l’équipe Trump a reçu l’aide de la Russie de Vladimir Poutine. « Il y avait sûrement des contacts, et sûrement une forme d’accord », dit-elle.

Hillary Clinton est persuadée, citant notamment l’analyse du site FiveThirtyEight.com, que c’est l’intervention du directeur du FBI, James Comey, onze jours avant l’élection, qui a fait basculer une fraction de l’électorat dans quelques Etats-clés vers Donald Trump, suffisamment pour assurer sa victoire. James Comey avait soudainement rouvert l’enquête sur ses e-mails, avant de la refermer deux jours avant le scrutin.

Combinée aux messages internes piratés par la Russie et publiés par WikiLeaks, la réouverture de ce dossier brûlant a eu un effet dévastateur, démultiplié par l’obsession selon elle démesurée des journalistes politiques pour l’affaire. « Leur vrai problème est qu’ils ne peuvent supporter l’idée de faire face à leur propre responsabilité dans l’élection de Trump », dit-elle des médias. Le New York Times en prend pour son grade.

Hillary Clinton éreinte aussi son ex-rival des primaires, Bernie Sanders, et rejette les critiques émanant de la gauche du parti démocrate sur sa stratégie de campagne. Elle pointe aussi du doigt l’ancien vice-président Joe Biden pour avoir critiqué l’absence d’un message concernant les « cols-bleus » après sa campagne ou encore le président Barack Obama pour ne pas avoir suffisamment dénoncé les interférences russes…

Donald Trump étrillé

L’ancienne candidate, qui fêtera en octobre ses 70 ans, ne mâche pas ses mots sur le successeur de Barack Obama : un « menteur », « sexiste », indigne et incompétent. Elle dit s’être « frappée le front » en l’entendant expliquer récemment que le problème nord-coréen n’était « pas si simple ».

Hillary Clinton revient aussi sur le dernier débat face à Donald Trump et raconte comment ce dernier a cherché à la déstabiliser avec son regard et ses mimiques. « Nous étions sur une petite scène, et il me suivait où que j’aille, il me fixait des yeux, il grimaçait. C’était incroyablement gênant, écrit Hillary Clinton. J’en avais la chair de poule », poursuit-elle, avant de décrire les sentiments qui lui traversèrent alors l’esprit. « Que feriez-vous à ma place ? Resteriez-vous calme, souriante, comme s’il ne mordait pas constamment sur votre espace ? Ou bien vous retourneriez-vous pour le regarder dans les yeux et lui dire, haut et fort : "Reculez, sale type, éloignez-vous. Je sais que vous adorez intimider les femmes, mais vous ne m’intimiderez pas, alors reculez" », écrit-elle, en recourant au mot anglais creep.

« Je faisais une campagne traditionnelle avec des politiques prudemment réfléchies et des coalitions douloureusement construites (…), tandis que Trump faisait un programme de téléréalité qui a habilement et inexorablement alimenté la colère et le ressentiment des Américains », écrit-elle.

L’ex-candidate démocrate va encore plus loin : « Il n’aime pas seulement Poutine. Il semble vouloir être comme Poutine, un leader blanc autoritaire qui pourrait écraser des dissidents, réprimer les minorités, retirer le droit de vote à des électeurs, affaiblir la presse et amasser des milliards cachés pour son propre compte. Il rêve d’un Moscou-sur -Potomac ».

Le « choc » de la défaite

Hillary Clinton raconte le « choc » de la soirée du 8 novembre 2016, dans sa chambre d’hôtel de New York, le sentiment d’être « vidée », la « tristesse » qui ne la quitta pas pendant des semaines. ».

Preuve supplémentaire de la violence de l’échec, l’ex-candidate a reconnu qu’elle n’avait « pas préparé de discours de défaite ». « Je pensais que j’allais gagner, je travaillais sur un discours de victoire », a-t-elle confié à CBS. Après de longues heures d’attente, « vers minuit, j’ai commencé à me dire, "je crois que ça ne va pas marcher" », se souvient l’ancienne candidate, qui raconte avoir alors appelé Donald Trump avant d’appeler la Maison Blanche. « C’était une transition très dure », a-t-elle avoué à CBS « J’ai vraiment eu du mal, je ne ressentais rien, je n’arrivais pas à réfléchir, j’étais juste assommée et totalement épuisée »

Refusant antidépresseurs et psychanalyste, elle confie avoir trouvé refuge dans sa famille, une technique de respiration alternative enseignée par sa professeur de yoga, les promenades en forêt, « une frénésie de ménage », et « une quantité raisonnable de Chardonnay ».

Plus candidate mais toujours active

Que prévoit Hillary Clinton aujourd’hui ? Elle assure qu’elle ne se représentera plus. « Cela reste très douloureux, ça fait très mal », a reconnu dimanche la candidate dans une longue interview accordée à l’émission CBS Sunday Morning, « J’en ai fini d’être candidate », a-t-elle affirmé.

Si elle tient parole, elle marque ainsi la fin d’une longue carrière politique qui l’a vue devenir en 2016 la première femme candidate à la présidentielle d’un grand parti américain.

« Mais je ne vais ni bouder, ni disparaître. Je ferai tout pour soutenir les candidats démocrates », explique-t-elle. Ignorant les démocrates qui espèrent tourner, un jour, la page Clinton.

« Ils peuvent éteindre la radio quand ils m’entendent », a-t-elle ironisé dans son interview à NPR. « J’ai l’expérience et les cicatrices qui me donnent non seulement le droit, mais le devoir de m’exprimer.

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