Beyrouth sous la pluie commémore ses «martyrs»

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Au lendemain d'une nouvelle manifestation monstre à Beyrouth pour réclamer la démission du gouvernement, la Ligue arabe tente une médiation pour débloquer la crise politique au Liban, où l'opposition a menacé de durcir son mouvement de protestation.
Au lendemain d'une nouvelle manifestation monstre à Beyrouth pour réclamer la démission du gouvernement, la Ligue arabe tente une médiation pour débloquer la crise politique au Liban, où l'opposition a menacé de durcir son mouvement de protestation. — Ramzi Haidar AFP

«Rien n’empêchera le soleil de briller sur le Liban», crache un mur d’enceintes alors que la pluie bat son plein. Dans la foule – entre 500.000 et un million de personnes selon les organisateurs –, les parapluies le disputent aux drapeaux. Les étendards libanais sont partout, mais ceux des partis politiques composant la majorité parlementaire dite du 14 Mars les supplantent.
 
Dès la fin de matinée, une partie des Libanais a donc répondu présent malgré les éléments, pour commémorer le 3e anniversaire de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, et pour crier leur attachement à l’indépendance du pays face à l’ancien tuteur syrien.

«Je suis venu aujourd’hui pour manifester en faveur de l’unité du Liban, pour l’élection d’un nouveau président et pour soutenir l’armée, explique Marwan, un jeune druze drapé de rouge et bleu, aux couleurs du parti de Walid Joumblatt. A ses côtés, des jeunes – filles et garçons – des Forces libanaises [les deux partis étaient des ennemis intimes durant la guerre de 1975-1990, NDLR] reprennent en chœur les noms des « martyrs de l’indépendance » égrainés par les haut-parleurs: Rafic Hariri bien sûr, mais aussi le communiste Georges Hawi, les journalistes Samir Kassir et Gébran Tueini, le général François el-Hajj et tous les autres.

Une capitale sous haute surveillance

Près de la statue des Martyrs, la scène prend des allures de petit Woodstock. Les manifestants pataugent dans la boue, brandissent leurs drapeaux ou font une pause en mangeant des sandwichs. Les vendeurs de rue font des affaires. En remontant plus haut vers le centre de la place des Martyrs, les forces de l’ordre montrent les muscles. Ils ont dressé quantité de fils barbelés pour éviter tout contact entre les manifestants du 14 Mars et les opposants fidèles au général Aoun (allié au Hezbollah) qui poursuivent leur sit-in depuis décembre 2006.

 Partout en ville, l’armée contrôle les grandes artères, les camions de transport de troupes vrombissent. Vers 13h, cette foule colorée se disperse alors qu’une autre, à l’autre bout de la ville, commence à affluer pour les funérailles d’Imad Moughnieh, le membre du Hezbollah assassiné à Damas mardi soir et érigé lui aussi en «martyr». Là-bas, dans la banlieue sud de Beyrouth, le Parti de Dieu fait l’étalage de sa puissance et de son organisation. «Je ne sais pas combien de temps ces deux Liban vont coexister, remarque Nour, une ancienne partisane du 14 Mars plutôt désabusée. Nous n’avons vraiment rien en commun…»