Le président de l'Azerbaidjan lham Aliyev, le 26 septembre 2016 à Bakou.
Le président de l'Azerbaidjan lham Aliyev, le 26 septembre 2016 à Bakou. — Vugar Amrullayev/AP/SIPA

MONDE

«Caviargate»: Une enquête dénonce la corruption menée par l'Azerbaïdjan pour acheter des soutiens à l'étranger

Selon plusieurs journaux européens, Bakou a dépensé 2,5 milliards d’euros entre 2012 et 2014, notamment pour s’attacher des soutiens à l’étranger, notamment au Conseil de l’Europe…

Une véritable « diplomatie du caviar ». Selon une enquête publiée ce mardi par plusieurs journaux européens, intitulée « Laundromat » (« laverie »), l’Azerbaïdjan a dépensé 2,5 milliards d’euros entre 2012 et 2014, notamment pour s’attacher des soutiens à l’étranger, y compris au Conseil de l’Europe.

Cette enquête, menée conjointement par l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) et une dizaine de journaux dont le français Le Monde, l’allemand Süddeutsche Zeitung, le britannique The Guardian ou le danois Berlingske, décortique plus de 16 000 transactions passées pour ce montant.

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Quatre sociétés écrans domiciliées en Grande-Bretagne

Selon Le Monde, ces transactions qui « forment sans doute seulement la partie émergée de l’iceberg » ont été effectuées, notamment via la filiale estonienne de la Danske Bank, par « quatre sociétés domiciliées au Royaume-Uni et secrètement liées au régime azerbaïdjanais ».

Ces quatre sociétés ont été dissoutes, précise le Guardian, ajoutant que la Danske Bank avait indiqué en mars que les procédures anti-blanchiment étaient insuffisantes à l’époque en Estonie, mais qu’elle avait pris « les mesures nécessaires pour y remédier ».

Acheter des soutiens et le silence

L’étude des relevés de ces transactions dévoile un système servant à « blanchir des fonds à la provenance douteuse, à financer le train de vie des caciques du régime et à acheter moyennant espèces sonnantes et trébuchantes des amitiés à l’étranger », poursuit Le Monde.

Selon le quotidien français, l’Azerbaïdjan cherche des soutiens dans son conflit avec l’Arménie sur le Nagorny Karabakh , mais surtout à « faire taire les critiques sur la répression politique orchestrée par le clan du président Ilham Aliev, au pouvoir depuis quatorze ans ».

Interrogé par l’AFP, le conseiller du président Ilham Aliev, Ali Hasanov, a rejeté une publication « basée sur des idées préconçues, infondée, relevant de la provocation et s’inscrivant dans une campagne de dénigrement de l’Azerbaïdjan organisée par des forces anti-azerbaïdjanaises », citant «l’Arménie et le lobby arménien international ».

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Le Conseil de l’Europe en ligne de mire

D’anciennes figures de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), spécialisé dans la défense des droits de l’homme, figurent selon le journal parmi les bénéficiaires des largesses de cette ex-république soviétique du Caucase.

Le scandale qui éclabousse l’APCE remonte à janvier 2013 : des membres ou ex-membres de l’Assemblée sont soupçonnés d’avoir été « achetés » par le gouvernement azerbaïdjanais, en échange de leur vote négatif contre un rapport dénonçant la situation des prisonniers politiques en Azerbaïdjan. Ce rapport, très critique à l’égard de Bakou, avait été largement rejeté par les élus européens.

Certains parlementaires auraient reçu en échange des avantages qui, selon une source proche de l’institution paneuropéenne, auraient notamment consisté en caviar, tapis ou nuits dans des hôtels de luxe à Bakou.

Des soupçons portent aussi sur le rôle de l’actuel président de l’APCE, l’Espagnol Pedro Agramunt : sur la sellette, il devrait être démis de ses fonctions lors de la prochaine session plénière de l’APCE, début octobre. Selon l’ONG allemande ESI, Pedro Agramunt a constamment pris la défense du régime de Bakou lorsqu’il a pris part à des missions d’observation des élections en Azerbaïdjan en tant que parlementaire du Conseil de l’Europe.

Trois experts mandatés

En juin, le Conseil de l’Europe a nommé trois experts pour enquêter sur ces allégations de corruption. Ces experts, l’ex-juge antiterroriste français Jean-Louis Bruguière, le Britannique Nicolas Bratza, ancien président de la Cour européenne des droits de l’homme, et la juriste suédoise Elisabet Fura, ont commencé cette semaine à Strasbourg (est de la France) à entendre des témoins, selon le site Internet de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe. Ces auditions sont prévues jusqu’à jeudi dans la « confidentialité la plus absolue », est-il précisé.

L’ONG Transparency International a appelé dans un communiqué « les autorités compétentes à faire la pleine lumière et à prendre les mesures appropriées à l’encontre des décideurs publics, des banques et des entreprises impliqués ».