Corée du Nord: Kim Jong-un est-il seul aux manettes du pays?

CONFLIT Difficile de connaître avec précision la répartition du pouvoir…

Nicolas Raffin

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Kim Jong-un assiste au tir d'un missile près de Pyongyang, le 29 août 2017.
Kim Jong-un assiste au tir d'un missile près de Pyongyang, le 29 août 2017. — Yonhap News/NEWSCOM/SIPA
  • L’essai nucléaire réalisé par la Corée du Nord braque à nouveau les projecteurs sur ce pays.
  • Kim Jong-un concentre les pouvoirs autour de lui.
  • Il est très difficile de connaître l’état de « l’opinion » nord-coréenne.

Après l’essai revendiqué d’une bombe H dimanche, la Corée du Nord inquiète à nouveau. Le Conseil de sécurité de l’ONU, qui s'est réuni ce lundi, pourrait décider de nouvelles sanctions la semaine prochaine. Les précédentes décisions n’ont pas empêché le régime de poursuivre sa marche en avant pour développer son arsenal nucléaire et tester des missiles balistiques.

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Ces démonstrations de force sont-elles le seul fait de Kim Jong-un, leader du pays depuis décembre 2011 ? « Le régime nord-coréen repose sur le « Suryong » (« leader suprême »), donc en théorie il est le seul à diriger » note Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique. Le spécialiste nuance aussitôt : « Bien évidemment, il s’appuie sur la structure du Parti [unique] mais aussi sur l’élite nord-coréenne. Il n’y a aucun système politique dans lequel un homme peut tout faire tout seul. »

Purges dans la famille

Si, la Corée du Nord reste un régime totalitaire, Kim Jong-un a néanmoins apporté quelques modifications depuis son accession au pouvoir, pour se distinguer de son père, Kim Jong-il. « Sa communication ressemble à celle de son grand-père [Kim Il-sung, fondateur de la Corée du Nord], explique Antoine Bondaz. Il veut apparaître comme un dirigeant proche du peuple et répondant à ses attentes : il multiplie les visites à la population et les discours publics. »

Une image qui ne doit pas faire oublier que Kim Jong-un n’hésite pas à lancer des purges au sein même de sa famille : en 2013, il avait fait exécuter son oncle, Jang Song-taek, accusé de trahison. Plus récemment, il est soupçonné d’avoir commandité l’ assassinat de son demi-frère, Kim Jong-nam, en Malaisie.

Une analyse de l’opinion impossible

Si le jeune dirigeant – il n’a officiellement que 34 ans – ne peut pas tout contrôler, il dispose néanmoins d’un puissant organe de pouvoir : la commission des affaires de l’État. « C’est l’instance de direction en Corée du Nord » rappelle Antoine Bondaz. Les trois vice-présidents qui assistent Kim Jong-un viennent respectivement du Parti [unique], de l’armée, et du gouvernement. La commission concentre donc toutes les institutions clés du pays.

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Comment ce régime est-il perçu par la population ? Là encore, difficile d’avoir des réponses. « Il est impossible de faire une analyse concrète sur l’état de l’opinion publique, tranche Antoine Bondaz.

L’objectif du régime est d’avoir une légitimité en interne, qui est forcée par la propagande et la répression, mais elle est aussi recherchée par la tentative de développer économiquement le pays. » En 2016, la Corée du Nord affichait ainsi une croissance de 3,9 % de son PIB. Mais avec la sécheresse qui a frappé le pays en 2017, les experts craignent une nouvelle crise alimentaire : un rapport de la FAO publié en juillet affirmait que les rations distribuées à la population étaient tombées à 300 grammes par jour.