Barcelone: Des milliers d'Espagnols, et le roi, défilent neuf jours après les attentats

MOBILISATION «Emplissons les rues de paix et de liberté», avait souhaité la mairie de la deuxième de ville d'Espagne, après le double attentat...

B.D. avec AFP

— 

Des dizaines de milliers d'Espagnols manifestent à Barcelone derrière les collectifs qui se sont occupés des victimes, réunis derrière une banderole indiquant en catalan: "No Tinc Por" ("Je n'ai pas peur"), le 26 août 2017.
Des dizaines de milliers d'Espagnols manifestent à Barcelone derrière les collectifs qui se sont occupés des victimes, réunis derrière une banderole indiquant en catalan: "No Tinc Por" ("Je n'ai pas peur"), le 26 août 2017. — LLUIS GENE / AFP

Des dizaines de milliers d'Espagnols manifestaient ce samedi à Barcelone avec la participation exceptionnelle du roi Felipe VI, pour dire leur «rejet du terrorisme» après les attentats qui ont fait 15 morts et au moins 126 blessés en Catalogne. «Emplissons les rues de paix et de liberté», avait souhaité la mairie de la deuxième de ville d'Espagne, après le double attentat de Barcelone et de la station balnéaire de Cambrils commis les 17 et 18 août, revendiqué par l'organisation Etat islamique (EI).

Des roses rouges, jaunes et blanches - aux couleurs de la ville - étaient distribuées aux participants, qui scandaient «No tenim por», «Nous n'avons pas peur» en catalan. Derrière la banderole de tête «No tinc por» («Je n'ai pas peur», en catalan), le premier rang était réservé aux «représentants des collectifs qui, dès la première minute, s'étaient occupés des victimes», selon le souhait de la mairie: policiers, pompiers en uniformes, médecins en blouse blanche, chauffeurs de taxis, commerçants et habitants des Ramblas.

Plusieurs fleuristes de l'avenue des Ramblas avaient ainsi été invitées à marcher en tête de cortège. «Nous faisons partie des Ramblas, non seulement nous y travaillons mais nous y passons notre vie, et c'est bien que les gens voient que nous marchons en tête et sans peur», a expliqué Barbara Cabello, 22 ans, fleuriste comme sa mère et sa grand-mère depuis 50 ans sur les Ramblas.

>> A lire aussi : Attentats en Catalogne: A Rubi pour l'hommage, le père d'une des victimes réconforte un imam

Fait exceptionnel, le roi Felipe VI s'est joint aux manifestants, devenant ainsi le premier souverain espagnol à participer à une manifestation depuis le rétablissement de la monarchie en 1975. Il se positionnait plusieurs rangs derrière la banderole de tête, de même que le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy, et de très nombreuses personnalités politiques: ministres, présidents de régions, chefs de différents partis... A leur arrivée dans le cortège, Felipe VI et Mariano Rajoy ont essuyé quelques huées et sifflets.

Jeudi, le père d'un enfant de trois ans tué sur les Ramblas a pris publiquement dans ses bras l'imam de sa ville de Rubi, en Catalogne. «Cette accolade symbolise la défaite de ceux qui nous ont fait mal», a commenté Ada Colau. «La meilleure réponse: la paix», «non à l'islamophobie», pouvait-on lire sur quelques-unes des pancartes dans la foule ce samedi. De nombreux manifestants s'étaient aussi munis de drapeaux indépendantistes catalans.

Alors que le torchon brûle entre le gouvernement espagnol et la région de Catalogne dirigée par des séparatistes, la marche unitaire de Barcelone devait être l'occasion d'une trêve, le temps d'une journée. Le président catalan, Carles Puigdemont - résolu à organiser un référendum d'autodétermination le 1er octobre, au grand dam de Madrid - y apparaissait non loin du chef du gouvernement Mariano Rajoy.

Souvent accusé d'avoir jeté de l'huile sur le feu de ce conflit, Mariano Rajoy avait cependant parlé «d'amour» pour les Catalans et pour Barcelone, vendredi, à la veille de la manifestation. Il avait aussi fait l'éloge de la police catalane, «la cellule terroriste ayant été complètement désarticulée cent heures à peine après l'attentat». Aucun dirigeant de gouvernement étranger n'était attendu au défilé barcelonais.

Des manifestants brandissent des pancartes indiquant en catalan:
Des manifestants brandissent des pancartes indiquant en catalan: - LLUIS GENE / AFP

Un millier de catalans munis de drapeaux indépendantistes avaient manifesté une heure avant à Barcelone, en reprochant à l'Etat espagnol de vendre des armes à des pays comme l'Arabie Saoudite, accusés de liens avec l'islamisme radicale. «Vos politiques, nos morts», criaient-ils, en dénonçant le fait que Madrid espère vendre prochainement cinq navires de guerre à Ryad.