Une attaque acoustique a-t-elle vraiment touché des diplomates américains à Cuba?

MONDE Perte auditive, nausée, maux de tête... Le département d'Etat ne confirme pas les symptômes rapportés par la chaîne CBS, et un expert contacté par «20 Minutes» émet  de gros doutes...  

P.B. avec AFP

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Un canon à son de l'armée américaine (illustration).
Un canon à son de l'armée américaine (illustration). — J.Martin/AP/SIPA

Le son comme arme ? Le mystère ne se dissipe pas autour des supposées « attaques acoustiques » contre des diplomates des Etats-Unis à Cuba, mais l’affaire prend une nouvelle ampleur : Washington a révélé jeudi que ces « incidents » inédits avaient affecté la santé d’au moins 16 Américains.

Si les attaques ont désormais cessé, « nous ne savons pas qui les a perpétrées », a déclaré la porte-parole du département d’Etat américain Heather Nauert. Mais « c’est sans précédent », « nous n’avons jamais été confrontés à de telles choses par le passé ».

Cette mystérieuse affaire n’a été dévoilée que début août, mais elle remonte à plusieurs mois : les premiers « symptômes physiques » ont été signalés fin 2016 et, dès le 23 mai, sans attendre d’y voir plus clair, les Etats-Unis ont décidé dans une première riposte l’expulsion de deux diplomates cubains en poste à Washington.

Lésions cérébrales légères, selon les médias américains

Selon des sources de la chaîne CBS, les diplomates ont souffert de lésions cérébrales légères et leur système nerveux a également été perturbé, avec des troubles multiples : perte auditive, nausée, maux de tête et problème d’équilibre.

Les autorités américaines n’ont pas confirmé ces éléments, refusant d’apporter la moindre précision. Jusqu’ici, seule une perte d’audition avait été évoquée par le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson ainsi que par le Canada, dont un des diplomates en mission à Cuba est également concerné.

Beaucoup de hype, peu de science

Des canons à son sont régulièrement utilisés comme moyen de disperser la foule, notamment lors du G20 de Pittsburgh, en 2009. Et dans la culture populaire, les infrasons alimentent les fantasmes. Mais selon le neuroscientifique Seth Horowitz, expert en acoustique à l’université Brown, il faut faire attention à la hype. « Rien de ce qui est décrit me conduit à croire à une ''attaque acoustique'' », précise-t-il à 20 Minutes. « De tels symptômes auraient pu être causés par un énorme amplificateur jouant les bonnes fréquences à une distance très proche, mais ça ne serait absolument pas discret, et les victimes pourraient se boucher les oreilles ou simplement s’éloigner »

Certaines parties du corps humain ont en effet une fréquence de résonance spécifique, et des vibrations d’un ventilateur ou d’un ascenseur peuvent par exemple donner la nausée. En revanche, la supposée « note sombre » (brown note), qui provoquerait chez l’homme une perte de contrôle du son flux intestinal, semble tenir de la science-fiction.

Qu’est-ce qui a bien pu indisposer les diplomates ? Pour l’expert, de tels symptômes « peuvent être liés à tout et n’importe quoi, à une infection virale ou bactérienne, à la maladie de Menière – qui touche l’oreille interne – ou à rien du tout. » Beaucoup de bruit pour rien ?