Attentats en Catalogne: Les zones d’ombre de l'enquête

TERRORISME Alors que la police a annoncé que la cellule djihadiste est neutralisée, les enquêteurs s’interrogent encore sur le parcours de certains suspects…

O. G. avec AFP

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Le chef de la police de Catalogne, Josep Lluis Trapero, lors d'une conférence de presse le 20 août 2017.
Le chef de la police de Catalogne, Josep Lluis Trapero, lors d'une conférence de presse le 20 août 2017. — LLUIS GENE / AFP

Les suspects avaient-ils eu des contacts avec Daesh ? Comment et où ? Cette cellule djihadiste avait-elle des ramifications dans d’autres pays européens ? Où ont-ils trouvé les armes et autres explosifs ? Il reste encore des questions autour du double attentat de Barcelone et Cambrils. Retour sur les zones d'ombre.

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Le parcours de l’imam de Ripoll

Il est considéré comme le cerveau des attentats. Abdelbaki Es Satty, l’imam marocain au coeur de la cellule terroriste à l’origine des attentats en Catalogne, est soupçonné d’avoir « mangé le cerveau » de ses jeunes compatriotes pour les amener à former la cellule responsable du double attentat.

Il est mort la semaine dernière dans une déflagration sans doute liée à des manipulations d’explosifs à Alcanar, où la cellule à l’origine des attaques préparait « un ou plusieurs attentats », a affirmé lundi le chef de la police de Catalogne Josep Lluis Trapero.

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L’imam résidait depuis deux ans à Ripoll, où il louait pour « 150 euros » par mois, selon son colocataire, un deux-pièces décrépi depuis lequel on aperçoit la montagne boisée et les toits de tuiles de la jolie petite ville catalane, à 90 km au nord de Barcelone.

Abdelbaki Es Satty avait fait de la prison pour trafic de drogue de 2010 à 2014. « L’imam avait eu un problème judiciaire, mais pas lié au terrorisme », a confirmé dimanche le chef de la police catalane.

Selon Hammou Minhaj, 30 ans, secrétaire marocain de la communauté musulmane de Ripoll « Annour », Abdelbaki Es Satty était arrivé en 2015 à Ripoll, puis « était allé en Belgique en tant qu’imam - c’est ce qu’il disait - » avant de revenir à Ripoll : « Il avait commencé en avril 2016 comme imam dans notre nouvelle mosquée ». La police a confirmé qu’il avait séjourné dans la commune de Machelen, près de Bruxelles, « entre janvier et mars 2016 ».

Pourquoi ce détour par la Belgique ? Selon El Pais, Abdelbaki Es Satty voulait y rester travailler. Selon Mimoun Aquichouh, imam de Machelen, Abdelbaki Es Satty aurait demandé un travail dans une mosquée de Diegem, à une quinzaine de kilomètres de Bruxelles. Cette ville « de moins de 40.000 habitants a été l’une de celles qui ont le plus exporté de djihadistes en Syrie, principalement entre 2011 et 2014 », souligne El Pais.

Pour obtenir le poste, un document justifiant d’un casier judiciaire vierge lui est demandé. Mais montrer pâte blanche s’avère impossible pour l’imam qui a déjà fait de la prison. « Si je n’avais pas senti quelque chose de suspect chez lui, je ne lui aurais jamais demandé », confie Mimoun Aquichouh à El País.

Selon Hammou Minhaj, « fin juin (2017), il avait demandé trois mois de vacances pour partir en vacances au Maroc ».

Un mystérieux séjour en Suisse

Au moins un des suspects dans le double attentat de Barcelone et Cambrils, qui a fait 15 morts la semaine dernière en Espagne, a séjourné en Suisse, à Zurich, en décembre 2016, selon la police fédérale suisse.

« Nous avons connaissance d’une nuit d’hôtel dans la région de Zurich en décembre 2016 », a indiqué la porte-parole de la police fédérale, Cathy Maret. « Nous ne connaissons pas les raisons de ce passage par la Suisse, il est encore trop tôt pour rendre une analyse approfondie quant à la nature d’éventuels liens directs avec la Suisse », a indiqué Cathy Maret à l’AFP.

Selon les médias espagnols, ce sont deux suspects et pas un seul qui se seraient rendus à Zurich en décembre 2016. Ils sont présentés comme étant des Marocains, appelés Mohamed H. et Youssef A.

Mohamed H. a été abattu par la police espagnole vendredi à Cambrils. Youssef A. aurait succombé des suites d’une explosion à Alcanar, au sud de Barcelone, survenue mercredi soir à la veille de l’attentat de Barcelone. Selon le journal zurichois Tages Anzeiger, la police espagnole soupçonnait dès la fin 2015 l’existence d’un lien entre des cellules « terroristes » en Espagne et la Suisse.

La voiture bélier flashée en Essonne

Autre fait qui intéresse les enquêteurs : l’aller-retour en France d’une Audi 3 utilisée comme voiture bélier lors de l’attentat de Cambrils vendredi pendant la nuit. Elle a été « flashée » en Essonne par un radar le 12 août  avec quatre personnes à bord, a affirmé mardi le ministre français de l’Intérieur Gérard Collomb, confirmant une information du Parisien. Qui se trouvait à bord ? On sait que Mohammed Aaalla, un des quatre suspects présentés à un juge ce mardi matin est le propriétaire de l’Audi A3 de Cambrils.

Il est « peut-être trop tôt dans l’enquête » pour expliquer les raisons de cet « aller-retour extrêmement rapide », a souligné le ministre de l’Intérieur, qui recevra mercredi à Paris son homologue espagnol Juan Ignacio Zoido.

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