Attentats en Catalogne: Les touristes hésitent à poursuivre leurs vacances ou à plier bagage

RESTER OU PARTIR Après les attentats qui ont touché l'Espagne, certains vacanciers n'ont pas vraiment le coeur à faire du tourisme et hésitent à avancer la date du retour...

Caroline Politi

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Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la place de Catalogne à Barcelone vendredi 18 août à midi pour rendre hommage aux victimes de l'attentat.
Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la place de Catalogne à Barcelone vendredi 18 août à midi pour rendre hommage aux victimes de l'attentat. — AFP
  • La Catalogne a été touché par deux attaques à la voiture-bélier. Quatorze personnes et plus d'une centaine d'autres ont été blessées.
  • L'Espagne est la troisième destination touristique au monde.
  • Certains touristes hésitent entre rester ou partir.

« Même si on répète que les terroristes ne frappent jamais deux fois au même endroit, c’est dur de faire comme si de rien n’était », confie Elodie. La jeune femme de 22 ans, en vacances à Barcelone avec ses deux frères et ses parents, venait d’arriver sur la place de la Catalogne, en haut des Ramblas, lorsqu’elle a aperçu une marée humaine affolée arriver en courant.

« Les gens s’enfuyaient en hurlant. On ne comprenait pas ce qu’il se passait, mais on a fait comme tout le monde, on a couru se cacher. » Pendant de longues minutes, la famille se terre au fond du Corte Inglès, l’équivalent espagnol du BHV.

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Ce n’est qu’en rentrant à l’hôtel et en allumant la télévision que la famille a compris que, quelques dizaines de mètres en aval, un homme avait précipité sa camionnette sur la foule. Quatorze personnes sont mortes et une centaine d’autres ont été blessées. Sept heures plus tard, un second attentat a frappé la station balnéaire de Cambrils, à 120 kilomètres au sud de la capitale catalane. Une personne est décédée et cinq autres ont été blessés dont un policier.

« On va éviter les zones trop touristiques »

Au lendemain des attentats qui ont frappé la Catalogne, les touristes hésitent. Rester ou partir ? L’Espagne est la troisième destination touristique au monde et en visant les Ramblas, c’est également les vacanciers que cherchaient à atteindre les terroristes. La famille d’Elodie n’est pas encore vraiment décidée. Leur séjour est prévu pour durer jusqu’à mardi. Aujourd’hui, ils ont décidé de s’éloigner du centre-ville et du centre historique. Direction le port. Ils ont mangé au restaurant mais ont choisi de s’installer à l’intérieur. « L’ambiance est lourde, estime la jeune femme. On devait aller voir un match de football mais on a préféré annulé. Je pense qu’on va éviter les zones trop touristiques. » Même son de cloche chez Alvaro. Ce Colombien qui a de la famille à Barcelone se promenait également aux abords des Ramblas lorsqu’il a vu la foule courir en sa direction. Après s’être longuement caché dans l’arrière-salle d’un magasin, il est finalement parvenu à regagner son domicile.

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Son séjour dans la capitale catalane est prévu pour durer encore trois semaines. A aucun moment, il n’a songé à l’écourter. « A la base, Barcelone est une ville sûre, assure-t-il. Mais avec l’attentat, tout le dispositif a été renforcé. » Pourtant, il le reconnaît, depuis hier, il a « un peu peur », il sursaute à chaque sirène et regarde régulièrement autour de lui. Il avait prévu d’assister cette semaine à un festival de musique, mais il hésite encore à s’y rendre. « Je ne me vois pas vraiment faire la fête, boire des bières comme si de rien n’était. Je ne suis pas sûr de me sentir très à l’aise s’il y a une foule. » Et puis le cœur n’est pas vraiment à la fête. « Je ne reconnais pas Barcelone, c’est une ville fantôme. »

« J’aurais sursauté au moindre bruit »

Certains, à l’image d’Angélique, une Vendéenne de 37 ans et Arnaud, son mari, ont préféré écourter leurs vacances. Depuis une semaine, ils séjournaient dans un petit appartement à Salou, une station balnéaire qui jouxte Cambrils. A l’origine, ils avaient prévu de rentrer samedi mais ont préféré rendre les clés à la première heure ce vendredi. L’attaque dans la station balnéaire à proximité - dans laquelle ils se rendaient « un jour sur deux au minimum » - et le fait que le principal suspect soit en fuite les a décidés. [Depuis l’interview, la police espagnole a annoncé que le conducteur de la camionnette de Barcelone se trouvait peut-être parmi les hommes abattus à Cambrils.] « Je sais qu’il ne faut pas psychoter mais j’aurais sursauté au moindre bruit, je ne me serais pas détendue », confie la jeune femme.

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Pour d’autres, au contraire, pas question de modifier le programme. « Le terrorisme peut frapper partout, et, a priori, c’est parti pour durer. Si je changeais mes habitudes, j’aurais le sentiment de les laisser gagner », confie Cyril, qui séjourne depuis une semaine au camping de Cambrils - à 400 mètres environ du lieu de la seconde attaque - avec sa femme et ses deux enfants de 6 et 3 ans. Toute la nuit, sa compagne a entendu les hélicoptères faire des rondes. Lui, dormait à poings fermés. Ce n’est qu’en allumant son portable et en découvrant les SMS de ses proches qu’il a compris ce qu’il venait de se passer. La fin des vacances était de toute façon proche : dès ce soir, cette famille toulousaine reprendra la route. « Mais c’était planifié depuis longtemps », insiste-t-il. Et pas question de gâcher cette dernière journée, qu’ils ont passée à la plage. « Il y avait autant de monde que d’habitude, les magasins étaient ouverts et les terrasses pleines, assure-t-il. Peut-être que le fait qu’il n’y ait pas eu de mort ici à peut-être joué [Finalement une personne est décédée]. »

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« Nous allons sortir, aller au restaurant »

Emilie a également tenu à maintenir son programme. La jeune Parisienne est arrivée à Barcelone le matin même de l’attaque pour rendre visite à une amie qui habite à proximité des Ramblas. Ce matin, elle a visité la Sagrada Familia. Et, selon ses dires, elle n’était pas la seule. Elle ne compte pas éviter les lieux touristiques ni s’empêcher de profiter de la ville. « Nous allons sortir, aller au restaurant », explique-t-elle, tout en étant consciente que l’atmosphère ne sera probablement pas aussi festive qu’à l’accoutumée. « Un peu comme à Paris après les attentats du 13 novembre finalement… »