Attentats en Catalogne: «C’est dur de se dire qu’on vivait à côté des terroristes»

TEMOIGNAGE La veille des attentats, une maison a explosé à Alcanar, au sud de la Catalogne. D'après la police, ces faits auraient un lien avec les deux attaques. Martine, une voisine de la maison qui a explosé, raconte le choc...

Caroline Politi

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La maison d'Alcanar détruite par l'explosion
La maison d'Alcanar détruite par l'explosion — Jaume Sillart/EFE/SIPA
  • Les enquêteurs font le lien entre les deux attentats en Catalogne et l’explosion, la veille, d’une maison à Alcanar, à 200 kilomètres au sud de Barcelone.
  • Une vingtaine de bonbonnes de gaz ont été découvertes.
  • Une voisine raconte à « 20 Minutes » la violence du choc.

La veille des attentats qui ont frappé Barcelone puis Cambrils, une maison située à quelque 200 kilomètres au sud de la capitale catalane a explosé. Un homme a trouvé la mort et sept autres personnes ont été blessées. Dans un premier temps, les pompiers ont conclu à une fuite de butane. Une vingtaine de bouteilles de gaz ont en effet été découvertes parmi les décombres.

Mais quelques heures à peine après l’attaque des Ramblas, les autorités ont fait le lien entre ce qui ne semblait qu’un simple fait divers et les attentats. Josep Lluís Trapero, le chef des Mossos d’Esquadra, la police catalane, a déclaré jeudi soir que l’explosion serait due « à la préparation d’un engin explosif » et que les liens entre les deux affaires « laissent peu de doutes ».

>> A lire aussi : L'explosion à Alcanar a-t-elle précipité les attaques à Barcelone et Cambrils?

Martine, 61 ans, fait partie des sept blessés dans l’explosion. Avec son mari, elle a acheté il y a trois ans la maison qui jouxte celle qui n’est aujourd’hui plus qu’une ruine. Les deux habitations étaient reliées par un mur. Jointe par 20 Minutes, elle raconte cette nuit de cauchemar.

« On n’avait qu’une obsession, fuir »

« Nous étions en train de finir de dîner sous le porche avec mon mari et deux couples d’amis lorsque nous avons entendu une énorme explosion. Il devait être autour de 23h30. La violence du souffle est difficilement descriptible. J’ai été projetée contre un mur, j’ai été cognée par deux pierres, mais j’ai de la chance, ce ne sont que des contusions légères. L’un de nos amis a passé la nuit à l’hôpital : il a eu le nez cassé et souffre de plaies sur les bras. Une autre est blessée à la cheville.

Après, nous n'avions qu’une obsession, fuir. Mon mari a essayé de rentrer dans la maison pour trouver les clés du portail mais des voisins sont venus nous aider. Ils venaient de voir qu’il y avait d’autres bouteilles de gaz, ils savaient que ça pouvait ressauter à tout moment. Le fil des événements est un peu flou, on courait vers la gare comme des fous. J’ai tout de suite appelé des secours mais je crois que d’autres voisins l’avaient déjà fait. Quand on a été pris en charge, les pompiers nous ont dit que c’était un miracle qu’on soit encore en vie, compte tenu de la violence de l’explosion. Nous sommes des miraculés.

« Ils ne voulaient pas trop engager la conversation »

Ceux que la police présente maintenant comme des terroristes vivaient là depuis environ un an. Alcanar, c’était notre maison de vacances, celle de nos rêves. Nous y venions souvent mais on n’habitait pas ici à l’année. Pendant longtemps, la maison qui a explosé est restée vide et puis, il y a environ un an, quatre hommes ont emménagé. La première fois que je les ai croisés, je leur ai dit bonjour en espagnol et il m’ont répondu en français. Ça m’avait d’ailleurs surprise. On les croisait de temps en temps, ils étaient polis mais très discrets, ils ne voulaient pas trop engager la conversation.

A un moment, je me suis demandé s’il ne faisait pas un petit trafic parce qu’ils baissaient toujours la tête quand on se croisait, lorsqu’ils déchargeaient la camionnette, ils s’arrangeaient toujours pour qu’on ne voit pas ce qu’elle contenait. Ils vivaient à quatre - d'après la police, seules deux personnes se trouvaient dans la maison au moment de l'explosion -, trois avaient la trentaine, un autre était un peu plus vieux, mais il y avait souvent des allées et venues à moto. Jamais je n’aurais pu imaginer ce qui allait se passer.

C’est dur de se dire qu’on vivait à côté des terroristes. Même s’ils se sont sûrement fait sauter par erreur, on a conscience qu’on l’a échappé belle. On est choqué mais on va s’en sortir. C’est très dur de penser à ce qu’il s’est passé à Barcelone et Cambrils. J’ai un sentiment de dégoût pour eux. »