Attentats en Catalogne: Pourquoi les terroristes djihadistes arborent-ils de fausses armes?

TERRORISME Les cinq terroristes présumés abattus par la police ce vendredi à Cambrils (Espagne) disposaient de fausses ceintures d’explosifs…

L.C.

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Une ceinture d'explosifs (illustration).
Une ceinture d'explosifs (illustration). — ABDELHAK SENNA / AFP

La police catalane a confirmé ce vendredi matin que les terroristes présumés abattus à Cambrils dans la nuit portaient des ceintures d’explosifs factices. Ils se trouvaient à bord d’une voiture qui a fauché des piétons sur le front de mer de cette ville située à 150 km au sud de Barcelone, frappée jeudi soir par un attentat sur le même mode opératoire. Les terroristes djihadistes ont déjà eu recours à des armes ou des explosifs factices ces dernières années. Pourquoi ? 20 Minutes fait le point.

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De fausses ceintures explosives pour mourir en martyr

Dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, où a été tué le prêtre Jacques Hamel le 26 juillet 2016, un pistolet inopérant et un engin explosif factice avait été retrouvés. Le conducteur du camion qui a tué 86 personnes à Nice le 14 juillet 2016 était également en possession d’une grenade inopérante, d’un pistolet automatique factice et de deux répliques de fusil d’assaut. Deux attaques revendiquées par le groupe terroriste Etat islamique (EI).

Interrogé par 20 Minutes ce vendredi, François-Bernard Huygue, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) distingue les fausses ceintures d’explosifs des armes inopérantes ou factices. Les premières servent aux terroristes à « avoir la certitude d’être abattu par la police. Les terroristes djihadistes le souhaitent pour accéder au martyr, et leurs organisations préfèrent aussi qu’ils ne croupissent pas en prison et ne soient pas interrogés par les forces de l’ordre », explique le chercheur. « C’est un suicide par la police. »

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Sur un document de propagande cité par Le Figaro, des sympathisants de l’EI donnaient notamment comme consigne de « simuler une fausse bombe sous les vêtements : avec des fils rouges électriques qui sortent de votre manche et un interrupteur afin de ne pas se faire capturer vivant » et de faire « peur ».

De faux kamikazes ont effectivement été à de nombreuses reprises abattus par les policiers, comme cet homme tué le 7 janvier 2016 alors qu’il s’approchait d’un commissariat parisien avec une fausse ceinture d’explosifs. Il avait fait allégeance à l’EI.

Amateurisme ?

Quant aux armes factices, vendues librement en France à toute personne majeure (dans des boutiques spécialisées airsoft ou des armureries), elles peuvent servir « à menacer, faire peur, si jamais le terroriste était surpris ou interrompu par une personne qui ne décèle pas qu’il s’agit d’une fausse arme ». Il peut y avoir également « un côté narcissique, l’envie de jouer au terroriste avec toute sa panoplie ».

Le recours aux armes et explosifs factices est aussi selon le chercheur « un aveu d’impuissance ou d’absence de lien sérieux avec la pègre ». « S’ils ont de fausses armes, c’est parce qu’ils ne sont pas capables d’en avoir de vraies, ce qui n’est guère difficile en France car il y a des trafics criminels. La preuve c’est que les frères Kouachi, Amédy Coulibaly et Mohamed Merah ont eux été capables de se procurer des armes qui fonctionnent ».

« Ces individus n’avaient visiblement pas les relations nécessaires pour se procurer de vraies armes dans le milieu du grand banditisme, ni le savoir-faire pour s’en servir », abonde le sociologue Farhad Khosrokhavar, directeur de l’Observatoire de la radicalisation à la Maison des sciences de l’homme, cité par Le Figaro.