Attentats en Catalogne: «On savait que cela arriverait un jour»... A Barcelone, après l'attaque, la résignation

REPORTAGE Après l'attentat à Barcelone jeudi après-midi qui a fait au moins 14 morts et une centaine de blessés dont 26 Français, reportage dans les bars de Barcelone...

A Barcelone, Antonin Vabre

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Vue de Barcelone, la nuit en 2015.
Vue de Barcelone, la nuit en 2015. — Jorge Franganillo/Flickr

A Barcelone,

« Je suis sortie du travail, j’ai vu les gens courir, hurler. Je ne savais pas pourquoi mais j’ai couru. C’était traumatisant. » Ayo, Lyonnaise, 30 ans, commerciale pour une entreprise américaine à Barcelone sortait de son lieu de travail, à Passeig da Gracia, hier à 16H50. Quelques minutes plus tard, elle est à Plaza Catalunya. C’est son chemin du retour quotidien, celui qui la mène jusqu’à son domicile. Elle devait passer par la Rambla de Barcelone, l’artère touristique de la ville. Là où a eu lieu l’attaque terroriste aux alentours de 17 heures.

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Dans une des capitales de la fête en Europe, on s’y attendait presque comme le décrit l’amie d’Ayo, la Madrilène Lucia. Elle avait vécu l’horreur des attentats d’Atocha en 2004. « Depuis deux ans, on est en alerte sur les attentats. Il y a des policiers en civil, on nous avertit régulièrement dans les journaux qu’il y a un risque. On savait que cela arriverait un jour. »

Jofré, 28 ans, a caché à sa mère qu’il travaillait dans la soirée pour qu’elle ne s’inquiète pas. Il confirme, la ville le craignait. « D’ailleurs, quand ils ont fermé le métro, les bus étaient gratuits et même les taxis ont coupé leur compteur. » Par solidarité.

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Eneki est patron du bar La Prorroga dans le quartier de Gracia. Lui aussi est fataliste sur les événements. « Ça fait ch… Statistiquement, tu sais que ça va te tomber dessus. Paris, Londres, Berlin, tous ont mangé. Alors ça devait nous tomber dessus. Je suis dégoûté. »

Le quartier sur les hauteurs de la ville fête le 200e anniversaire de ses fêtes. Concerts, spectacles, concours de décorations des rues il y en a pour tous les goûts. La zone est envahie par les touristes en cette troisième semaine d’août. Pourtant, en ce jeudi soir, tout est annulé. « Jamais les organisateurs des fêtes n’avaient annulé quoi que ce soit dans mon souvenir », pose Miguel, serveur au même bar, né dans le quartier.

A Gracia, les bars ouverts

La veille, le concert de rumba cumulé au Clasico Real-Barça avait rempli le bar. Eneki et Miguel ont hésité à le fermer. « Plutôt que rester chez nous, on avait besoin de se retrouver entre potes. » La police a obligé la fermeture dans certains quartiers. À Gracia, les bars ont décidé de rester ouverts.

Federico, gérant d’un bar Carrer de Verdi, confirme que les tenants se sont entendus. « On a discuté, on ouvre. Mais tu sais, c’est demain qu’on se rendra vraiment compte de ce qu’il s’est passé, avec le recul. Ce qui est certain c’est que même si les fêtes continuent, ce sera différent. » Par hasard, Desaparecido de Manu Chao s’invite dans les baffles, un regain de vie. Si les Barcelonais ont continué à vivre, les rues sont quand même plus désertes qu’à l’accoutumée.

« C’est peut-être triste mais on banalise. »

Florent, routier français, sympa, en étape, analyse le contre-coup. « Dans ces situations de crise, la population est désemparée. Malheureusement en France on commence à s’habituer. »

D’ailleurs, à 2 heures du matin, c’est bien huit Parisiens qui commandent des tournées de mojitos à la Xula Taperia. Alexy travaille près des Champs-Elysées, il se souvient de l’indifférence ressentie en voyant les hélicoptères en avril dernier. Il connaît des personnes touchées par les attentats au Bataclan. « C’est peut-être triste mais on banalise. Avec ce qu’il s’est passé, on apprend à vivre avec. » Luisa confirme : « C’est certain au départ, je voulais rester à l’hôtel, mais les gars m’ont fait comprendre qu’il fallait continuer à vivre. »

No podrán con nuestro amor! #barcelona #barcelonaambtu #cambrils #somosmasfuertesqueellos #nopodranconnosotros

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Ayo, elle, après être restée cloîtrée chez un ami plusieurs heures, a finalement décidé de sortir dans le quartier du Raval, jusque tard dans la nuit. Le besoin de parler, se confier, partager. Placer la vie au-dessus de la mort.