Le groupe de rock iranien 127 dans leur studio à Teheran.
Le groupe de rock iranien 127 dans leur studio à Teheran. — M. ATASHI

IRAN

Silence dans les salles, on joue du rock sur l'Internet

Les concert du groupe 127 n'ayant pas d'autorisation légale, ils diffusent sur l'Internet et s'exportent...

«A nous cinq, on aurait pu être riches à millions, on aurait pu tout faire, pose Sohrab, chanteur du groupe 127, seulement on a fait une erreur: on a choisi la musique.» Ces cinq-là sont peut-être les musiciens rock les plus célèbres en Iran. Ils ont 25 ans, deux courts albums à leur actif, quelques tournées aux Etats-Unis et en Europe. Les médias étrangers s’intéressent à eux. Mais ils ont interdiction formelle de se produire en concert dans leur pays.

La musique en Iran est une affaire compliquée. Officiellement, il est possible de produire un album rock. Mais le maquis des autorisations est si épais que peu s’y risquent, les 127 ont renoncé. Après avoir distribué gratuitement leurs titres sur l'Internet pendant des années, ils ont récemment réussi à «s’incliner face au Léviathan du capitalisme»: sur i-tunes, les fans peuvent payer pour télécharger leur dernier EP et un label danois prépare un album complet: «Vide punk».

Pour les rencontrer, il faut gagner la lointaine banlieue de l’est de Téhéran, mégalopole de 12 millions d’habitants: un quartier résidentiel grisâtre, des barres d’habitations soviétiques en escaliers sur une colline pelée, numérotées à l’infini. Au pied de l’une d’elle, on trouve une cabane en bois et tôle rudimentaire, aux murs insonorisés: leur studio. Ils y déroulent un rock indie international mâtiné de jazz, cuivres et piano, et de musique traditionnelle iranienne. C’est presque de bonne humeur. Sohrab cultive son statut de rock star-looser, un peu à la Lou Reed, un chant traînant, semi-juste. Il aligne des textes pince-sans-rire, mi-anglais, mi-persan, assez caractéristique de la jeunesse «arty» téhéranaise, celle qui n’a pas les moyens de se payer une vie en bulle, hors du strict cadre islamique, dans les appartements aisés du nord de Téhéran.

Les 127 affirment n’être jamais sortis jouer hors de leur cabane, sur le sol iranien. Les concerts de musique «occidentale» de qualité sont rares, il est interdit d’y danser. Un service de sécurité y est chargé de rappeler à l’ordre ceux qui balancent leur tête en rythme de façon trop appuyée. Pour les concerts clandestins, on se passe l’adresse par l'Internet ou textos, pas trop longtemps à l’avance. A intervalles plus ou moins réguliers, la police fait une descente.

Dans ce paysage, les 127 persistent, s’amusent et rusent pour sortir du pays légalement: pour avoir l’usage de son passeport, en Iran, il faut avoir effectué deux ans de service militaire, ce qui ne les tente guère. Ils seront malgré tout en février à Doubaï, en mars aux Etats-Unis, entre Austin et Houston. Ils joueront donc «My sweet little terrorist song» aux Texans: «Je suis une bombe humaine/ faites attention / je pourrais exploser à la fin de cette chanson».