VIDEO. Venezuela: «Autour de moi, il ne reste quasiment plus personne de ma génération»

TÉMOIGNAGE La crise politique et institutionnelle qui secoue le pays a connu une phase nouvelle avec la tenue de l’élection d’une Constituante, voulue par le président en difficulté Nicolas Maduro…

Hélène Sergent
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De nombreux Vénézuéliens fuient vers la Colombie à cause de l'inflation et des nombreuses pénuries alimentaires.
De nombreux Vénézuéliens fuient vers la Colombie à cause de l'inflation et des nombreuses pénuries alimentaires. — LUIS ACOSTA / AFP
  • Depuis quatre mois, la population manifeste son opposition au président socialiste Nicolas Maduro, élu de justesse en avril 2013 après la mort de Hugo Chavez.
  • 113 personnes sont mortes depuis les premières manifestations.
  • Ce dimanche, les Vénézuéliens se sont rendus aux urnes pour élire les membres d’une Assemblée qui aura pour mission de réécrire la Constitution.

Cela fait deux ans que Cristina n’est pas rentrée à Caracas. Installée en France depuis 10 ans, cette Vénézuélienne de 33 ans n’a pas voulu s’y rendre l’année dernière. « Habituellement, j’essayais d’y aller pour Noël. Mais depuis j’ai eu un petit garçon et je considère que c’est un trop gros risque avec les pénuries de médicaments et l’état des hôpitaux », confie la jeune femme mariée à un français. Opposée au président Nicolas Maduro, Cristina suit à distance l’évolution de la situation dans ce pays où elle a grandi et fait une grande partie de ses études. Ses parents, retraités âgés de 65 ans, vivent toujours à Caracas.

« Au fur et à mesure, mes amis sont partis »

Arrivée pour la première fois en France en 2005 dans le cadre d’un échange universitaire, Cristina analyse l’ampleur de la crise que traverse son pays à travers les trajectoires de ceux qui quittent le Venezuela. « Il y a dix ans, la majorité de mes amis partaient pour faire leurs études à l’étranger dans l’optique de revenir travailler à Caracas. Aujourd’hui, il ne reste quasiment plus personne de ma génération. Ceux qui sont partis ont fini par rester dans les pays où ils étaient installés. Ces quatre dernières années, de plus en plus de gens ont commencé à tout vendre pour partir et maintenant, certains préfèrent partir sans rien ».

Régulièrement en contact avec ses proches restés à Caracas grâce aux réseaux sociaux ou à l’application Whatsapp, cette cheffe de projet déplore l’inflation galopante. « Aujourd’hui, le salaire minimum s’élève à 400.000 bolivars environ. Une amie m’a expliqué qu’elle était allée à la boulangerie avant la grève entamée il y a une semaine. Quatre paquets de pain de mie lui ont coûté 60.000 bolivars ».

Comme les denrées alimentaires, les médicaments disparaissent peu à peu des rayonnages des pharmacies témoigne la jeune femme. « Un de mes oncles souffre de bipolarité mais son traitement n’est plus disponible. Celles et ceux qui ont une maladie chronique sont particulièrement touchés. Sur les réseaux sociaux, il existe des groupes solidaires sur lesquels les internautes s’échangent leurs médicaments ».

Une sortie de crise difficile à envisager

Malgré la distance géographique, Cristina pourrait voter ce dimanche pour élire les députés de l’assemblée Constituante voulue par Nicolas Maduro. Mais la jeune femme dénonce les conditions du scrutin déterminées par le gouvernement : « Ils ont tout fait pour obtenir une majorité. Les citoyens pourront voter plusieurs fois, un vote par circonscription et un vote par catégorie socioprofessionnelle. Sauf qu’il n’y a aucun candidat présenté par l’opposition donc peu importe l’issue, l’assemblée sera complètement Chaviste ».

Vue d'ensemble de l'élection des membres de l'Assemblée constituante convoquée par le président Nicolas Maduro du Venezuela.
Vue d'ensemble de l'élection des membres de l'Assemblée constituante convoquée par le président Nicolas Maduro du Venezuela. - VINCENT LEFAI, ANELLA RETA, GUSTAVO IZUS / AFP

Quatre mois après le début des manifestations qui ont tué 113 personnes, Cristina peine à envisager une « réelle sortie de crise » : « Le gouvernement s’est assuré du contrôle des pouvoirs publics. Le seul qui lui résiste, c’est le pouvoir législatif. L’autre, c’est le pouvoir militaire mais Chavez s’est assuré de placer des membres de l’armée à des postes stratégiques maintenus ensuite par Maduro. Je ne vois pas quel serait l’intérêt pour eux de s’opposer au Président ».