G20: Que faut-il attendre de la première rencontre sous haute tension entre Poutine et Trump?

MONDE Les deux dirigeants se rencontrent pour la toute première fois ce vendredi à Hambourg...

Anissa Boumediene

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Rencontre sous haute tension en marge du G20 entre le président américain Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine.
Rencontre sous haute tension en marge du G20 entre le président américain Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine. — SIPA

Ça y est, ils se sont serré la pince. Le président américain Donald Trump a rencontré pour la première fois vendredi matin le maître du Kremlin Vladimir Poutine, avant un face-à-face programmé durant l’après-midi  en marge du sommet du G20 qui se déroule à Hambourg, en Allemagne. Un sommet que les Etats-Unis abordent très isolés, mais pour Donald Trump, rencontrer Vladimir Poutine sera le temps fort de son déplacement européen.

La veille, le président américain a pourtant opté pour la confrontation en dénonçant depuis Varsovie le « comportement déstabilisateur » de la Russie. Il a aussi concédé que le Kremlin avait pu s’immiscer dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Des déclarations annonciatrices d’une rencontre tendue ? Pour ce premier rendez-vous au sommet entre les deux dirigeants, chaque expression, chaque geste sera étudié à la loupe. Qui mènera la danse ? Quels seront les enjeux de cette entrevue ? La question de l’interférence russe dans l’élection américaine sera-t-elle mise sur la table ?

Pas de logique de rapport de force

Entre Trump l’impétueux et Poutine l’impassible, nul ne sait comment les choses vont se passer. D’aucuns redoutent toutefois que la rencontre ne vire à la bataille de coqs. Mais la réalité devrait être tout autre. « Les deux hommes ne seront pas dans une logique de rapport de force, personne ne va arriver avec le couteau entre les dents, pressent Jean-Eric Branaa, maître de conférences à la Sorbonne et spécialiste des Etats-Unis. Depuis un moment déjà, chacun adresse à l’autre des signaux encourageants. Déjà en juin 2015, Trump déclarait : "Je pense que j’aurais une très bonne relation avec Poutine", parlant d’un dirigeant "brillant et plein de talent", poursuit-il. Même si pour Trump, ces éloges visaient surtout à dénigrer le président Obama », son attrait pour le président russe était réel.

D’autant que le dirigeant russe lui a rendu la politesse. Dès décembre 2015, Poutine voyait en Trump le « favori incontesté de la course présidentielle », à une époque où, il faut le rappeler, personne n’aurait misé un kopeck sur le milliardaire américain. « C’est lorsque les soupçons de collusion entre son entourage et le Kremlin ont émergé que Trump a changé son discours sur la Russie, mais il a toujours gardé à cœur de rencontrer son homologue russe, assure Jean-Eric Branaa. On est objectivement dans un tournant de l’Histoire : avec Obama, on était revenu à un climat de quasi guerre froide, avec des relations américano-russes au point mort ».

Du business d’un côté et un pilotage du parti Républicain de l’autre

Lors de son discours prononcé jeudi à Varsovie, Donald Trump a évoqué la nécessité pour l’Occident de faire face au défi de « défendre notre civilisation » contre le terrorisme, la bureaucratie et l’érosion des traditions. « Une vision raccord avec celle de son homologue russe », relève Jean-Eric Branaa.

« Trump a un objectif unique en tête, c’est son slogan de campagne : rendre sa gloire d’antan aux Etats-Unis en rapatriant emplois et devises dans son pays. Trump, c’est un businessman, et il reste en permanence dans une logique de faire du business », analyse l’expert. Donald Trump, qui arrive plus isolé que jamais au G20, « est là pour asseoir son autorité internationale, explique le spécialiste des Etats-Unis. Et dans cette logique, il veut plus de commerce, tout en contournant l’Europe et la Chine, avec qui les relations sont extrêmement tendues. D’où l’intérêt pour lui de privilégier une relation bilatérale et un rapprochement avec la Russie, avec qui tous les feux sont au vert ».

Mais pas question pour Donald Trump de faire des courbettes devant le président russe. N’en déplaise Vladimir Poutine, le président américain a aussi envoyé un signal fort à l’Otan lorsqu’il était en Pologne. « Les Etats-Unis ont prouvé, non seulement avec des mots, mais avec des actes, que nous appuyons fermement l’article 5 » sur la défense mutuelle, a ainsi déclaré Donald Trump. « Ça, c’est la voix des cadres du parti Républicain qui parle, décrypte Jean-Eric Branaa. S’ils laissent à Trump le soin de s’occuper de la "géoéconomie", ils prennent toutefois la main sur la politique étrangère, qu’ils entendent mener de manière traditionnelle ». Un terrain qui n’est de toute façon pas le point fort de Donald Trump.

La levée des sanctions russes dans la balance

Si par ailleurs, le dossier syrien devrait être abordé par Donald Trump et Vladimir Poutine durant leur rencontre, le Kremlin devrait aussi et surtout avoir dans l’idée de faire avancer le dossier des sanctions qui pèsent sur la Russie depuis l’invasion russe de la Crimée. Des mesures de rétorsion adoptées du temps de l’administration Obama, mais qui ont été renforcées en juin par l’administration Trump.

« Le président américain va certainement œuvrer pour la levée des sanctions russes, mais quel que soit le programme de leur discussion ce vendredi, il ne faut pas s’attendre à des annonces fracassantes aujourd’hui, indique Jean-Eric Branaa. Aucun accord de quelque sorte que ce soit ne sera dévoilé, ni sur le plan économique, ni sur le plan diplomatique, promet-il. Cette entrevue est un préalable, une prise de température entre les deux hommes. Mais une prochaine rencontre entre les dirigeants américain et russe pourrait d’ores et déjà être fixée aujourd’hui ».