VIDEO. Sahel: Macron promet des fonds... et réclame des résultats pour la force antidjihadiste

TERRORISME Dimanche, les dirigeants des pays du G5 Sahel et Emmanuel Macron ont confirmé la création d'une force conjointe antidjihadiste et promis des fonds...

Oihana Gabriel

— 

Le président Emmanuel Macron assisté à la réunion du G5 Sahel dimanche 2 juillet qui a acté la création d'une force antidjihadiste pour faire face à la menace terroriste.
Le président Emmanuel Macron assisté à la réunion du G5 Sahel dimanche 2 juillet qui a acté la création d'une force antidjihadiste pour faire face à la menace terroriste. — AFP

Des fonds et une date pour le déploiement d’une force antidjihadiste. Les dirigeants des pays du G5 Sahel, en présence du président français Emmanuel Macron, ont acté dimanche à Bamako (Mali) la constitution d’une force antidjihadiste conjointe et débloqué des fonds pour commencer son déploiement en septembre-octobre.

50 millions d’euros promis par l’Union européenne

Réunis au sommet, les présidents Ibrahim Boubacar Keïta (Mali), Idriss Déby Itno (Tchad), Mohamed Ould Abdelaziz (Mauritanie), Roch Marc Christian Kaboré (Burkina Faso), et Mahamadou Issoufou (Niger) se sont engagés à une contribution de 10 millions d’euros chacun, qui s’ajouteront aux 50 millions d’euros promis par l’Union européenne.

De quoi amorcer le financement d’une force qui devrait coûter 423 millions d’euros, a indiqué le président malien lors d’une conférence de presse avec son homologue français au terme du sommet. « Il y a urgence, parce que ceux qui sont en face n’attendent pas », a expliqué Boubacar Keïta, faisant référence aux djihadistes.

>> A lire aussi : Mali: Une alliance djihadiste liée à Al-Qaïda revendique l'attaque près de Bamako

8 millions d’euros d’aide française

« Pas besoin de réunir tous les financements pour commencer », a renchéri Emmanuel Macron, qui a annoncé une aide matérielle et logistique française équivalente à 8 millions d’euros d’ici à la fin de l’année, avec notamment 70 véhicules tactiques et du matériel de transmission et de protection. Le président français a souhaité une mise en place du commandement fin août, ajoutant : « L’important, c’est que cette force conjointe soit pleinement opérationnelle à l’automne, avec les premiers financements débloqués (…) et qu’elle ait ses premiers résultats ».

Dégradation de la situation

Face à la dégradation de la situation dans le centre du Mali, limitrophe du Burkina Faso et du Niger, gagnés à leur tour par les violences djihadistes, le G5 avait réactivé, lors d’un sommet en février dernier, à Bamako, le projet de cette force conjointe.

Déployée dans un premier temps aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, avec un effectif initial de 5.000 hommes, basée à Sévaré (centre du Mali), elle s’ajoutera à l’opération française Barkhane qui traque les djihadistes dans le Sahel et à la Mission de l’ONU au Mali (Minusma). Pour compléter les fonds nécessaires, une conférence des donateurs est prévue prochainement avec, selon Paris, un apport programmé de l’Allemagne, qui participe déjà en force à la Minusma et à la mission européenne de formation de l’armée malienne.

Efficacité pour convaincre

Mais le président français a enjoint le G5 Sahel de démontrer l’efficacité de cette force pour convaincre les donateurs, alors que le Conseil de sécurité de l’ONU a salué, par une résolution le 21 juin, ce déploiement, sans lui délivrer ni mandat ni fonds. « Ce sera à vous et à vos armées de convaincre que le G5 peut être efficace, dans le respect des conventions humanitaires, pour convaincre nos partenaires », a-t-il prévenu.

Il a aussi pressé les dirigeants du G5 de mener « des réformes institutionnelles et des efforts de gouvernance, appelés par vos populations ». A Boubacar Keïta, président malien, il a redemandé la « pleine mise en œuvre de l’accord de paix » de mai-juin 2015, censé isoler les djihadistes, notamment par une décentralisation en faveur des régions du Nord.

Al-Quaïda diffuse une vidéo montrant six otages dont une Française

Dans un nouveau geste de défi aux dirigeants du G5, la principale alliance djihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, a diffusé samedi une vidéo montrant six étrangers enlevés au Mali et au Burkina Faso entre 2011 et 2017, dont une Française. « Ces gens ne sont rien, ce sont des terroristes, des voyous et des assassins », a réagi Emmanuel Macron, tout en se réjouissant d’avoir « pour la première fois depuis des mois une trace de vie pour Sophie Pétronin », l’otage française, enlevée en décembre.

>> A lire aussi : Qui est Sophie Pétronin, l’humanitaire française enlevée au Mali?

Concernant les préoccupations financières exprimées la semaine dernière par le président tchadien, dont le pays participe déjà aux opérations de la Minusma et de la force multinationale contre le groupe islamiste nigérian Boko Haram, il a été rasséréné par les discussions du sommet, selon Boubacar Keïta et Emmanuel Macron.

Macron espère mobiliser d’autres donateurs

Le président français a aussi annoncé une augmentation des aides au développement pour le Sahel, via l’Agence française de développement, à raison de 200 millions d’euros sur 5 ans. Toujours sur le volet développement, le président français a ajouté avoir « bon espoir que le 13 juillet », le Conseil des ministres franco-allemand à Paris serait l’occasion d’annoncer une aide allemande au Sahel. Sous le label d'« alliance pour le Sahel », il espère mobiliser d’autres donateurs, notamment des institutions internationales.

>> A lire aussi : Otage française au Mali : «Tous les services de l'Etat sont mobilisés», assure Emmanuel Macron