Pourquoi Donald Trump ne sera jamais déclaré «inapte»

ETATS-UNIS Après son dernière dérapage contre des journalistes, certains élus rêvent de le pousser dehors grâce au 25e amendement...

P.B. avec AFP

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Donald Trump lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 16 février 2017.
Donald Trump lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche, le 16 février 2017. — P.MARTINEZ/AP/SIPA

La querelle de bac à sable continue. Les deux journalistes vedettes de la chaîne MSNBC, Mika Brzezinski et Joe Scarborough, qui ont fait l’objet d’attaques personnelles et insultantes sur Twitter par Donald Trump, ont dénoncé vendredi un président américain "à la dérive" et mis en doute sa santé mentale.

"L’obsession malsaine du président avec Morning Joe (l’émission matinale de MSNBC, NDLR) ne sert pas l’intérêt de son état mental, ni du pays qu’il dirige", écrivent les deux journalistes dans un éditorial publié par le Washington Post. "Les dirigeants et les alliés de l’Amérique se demandent une nouvelle fois si cet homme a les capacités requises pour être président", poursuivent-ils.

Donald Trump avait fustigé jeudi en deux tweets assassins "la folle Mika au faible QI" et "Joe le psychopathe". Il affirme avoir refusé de les recevoir en décembre dans sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, et mentionne que Mika Brzezinski "saignait abondamment à cause d’une chirurgie esthétique au visage". Cette étrange tirade a suscité un tollé jusque dans les rangs des élus républicains, craignant pour la dignité de la fonction présidentielle.

Le fantasme du 25e amendement

Comme à chaque dérapage de Trump, certains reviennent à la charge et rêvent de pousser le président américain sur la touche en le déclarant incompétent, une mesure instaurée dans les années 60 par le 25e amendement. Selon Yahoo News, l’élu démocrate Jame Raskin tente de convaincre des collègues de soutenir un projet de loi visant à mettre en place une commission parlementaire disposant de l’autorité pour déclarer Trump inapte.

Dans la pratique, le projet n’a presque aucune chance d’aboutir. D’abord, il faudrait que le vice-président lance la procédure, et Mike Pence a montré dans les heures les plus sombres de la campagne qu’il était un soldat fidèle. Surtout, si Trump résistait, il faudrait un vote à la majorité des deux tiers à la Chambre et au Sénat pour lui forcer la main. Une procédure en destitution, elle, ne nécessite qu’une majorité simple à la Chambre pour être lancée (mais il faut deux tiers du Sénat pour une condamnation).

Tant que Trump aura le soutien de la base, les élus seront derrière lui

Les démocrates ont une chance non-négligeable d’obtenir une majorité à la Chambre fin 2018 mais cela sera beaucoup plus compliqué au Sénat, qui n’est renouvelé que par tiers (et ils sont dans une situation difficile, avec de nombreux sièges à défendre). Quel que soit leur score, ils auraient de toute façon besoin du soutien d’élus républicains pour atteindre la barre des 67 voix sur 100 au Sénat.

Si on compare au Watergate, le parti conservateur n’a lâché Nixon qu’après 18 mois de scandales, quand il a perdu sa base, à moins de 50 % d’opinions favorables chez les électeurs républicains. En clair, les élus n’abandonnent un président qu’à partir du moment où il est devenu un poids mort qui risque de leur faire perdre leur poste. Et à l'heure actuelle, si la cote de popularité de Donald Trump n’est que de 39 % dans la population générale, il est encore soutenu par 85 % des électeurs républicains. Il peut dormir tranquille. Pour l’instant.