Pourquoi le Kenya s’enfonce dans la crise

Sandrine Cochard et F. V.

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Face à la persistance des violences meurtrières au Kenya, la police a reçu l'ordre de "tirer pour tuer" les fauteurs de troubles, notamment les incendiaires, alors que la situation restait très tendue mercredi dans l'ouest du pays après un mois de troubles.
Face à la persistance des violences meurtrières au Kenya, la police a reçu l'ordre de "tirer pour tuer" les fauteurs de troubles, notamment les incendiaires, alors que la situation restait très tendue mercredi dans l'ouest du pays après un mois de troubles. — Yasuyoshi Chiba AFP

Alors que le bilan des violences s’alourdit de jour en jour, retour sur un conflit politique qui puise ses origines dans des rivalités historiques.

Le point sur les violences au Kenya
La situation est très évolutive. A Nairobi, la capitale, les violences se sont calmées depuis quelques jours et se concentrent dans les bidonvilles à l’extérieur de la ville. Les régions les plus touchées restent celle de l’Ouest et de la vallée du Rift. Depuis le début du conflit, le 30 décembre, près de 1.000 personnes ont été tuées et environ 250.000 déplacées.

Est-ce un conflit ethnique?
A l’origine, la crise est plus politique qu’ethnique. Les violences ont éclaté après la réélection du président Mwai Kibaki, le 27 décembre, contestée par son rival, Raila Odinga, qui l’accuse de fraude électorale. Si les deux hommes appartiennent à des ethnies différentes (Kikuyu pour le premier et Luo pour le second), il ne faut pas réduire le conflit à cette simple opposition. Selon Jérôme Lafargue, chercheur à l'Institut français de recherche (IRD) en Afrique, à Nairobi, plusieurs dynamiques s'entrecroisent: la crise politique, le règlement de comptes entre différentes ethnies dans des localités bien précises pour des raisons historiques (comme la vallée du Rift, épicentre des violences), et l'apparition de bandes criminelles qui profitent de la situation. Pourtant, les accusations fusent, comme celles du ministre kényan des Affaires étrangères, Moses Wetangula qui n’hésite pas à parler de «cas très graves de nettoyage ethnique». Un discours qui «radicalise la situation», selon Claire Médard, chercheur à l’IRD et spécialiste des conflits fonciers de la région. L’ethnicité, concept manipulé en période électorale pour s’assurer des voix, pèse néanmoins de plus en plus dans le conflit, sur lequel rejaillissent d’anciennes querelles.

Le Kenya est-il un pays stable?

A priori, oui. C’est la première fois que le pays est plongé dans de telles violences depuis son indépendance, le 12 décembre 1963. Les conflits entre ethnies ne sont cependant pas nouveaux et remontent à cette date, lorsque la redistribution des terres prises par les colons se fait au profit des Kikuyus. Certains de ces conflits fonciers ne sont toujours pas réglés aujourd’hui. Depuis, le Kenya connaît des vagues de tensions localisées, notamment dans l’ouest du pays et dans la vallée du Rift, où les revendications agricoles sont récurrentes. La situation d’aujourd’hui est plus préoccupante car elle semble échapper aux dirigeants politiques, débordés par la violence, selon Claire Médard. Ainsi, le gouvernement a autorisé mercredi la police à tirer à vue sur les pillards.

Est-il dangereux de s’y rendre?

Depuis le début de la crise, les tour-opérateurs français ont suspendu leurs vols à destination du pays, au moins jusqu’au 5 février. Un «principe de précaution», fait valoir l'association de tour-opérateurs français (Ceto), qui s’inspire des recommandations du ministère français des Affaires étrangères, selon lequel il est déconseillé de se rendre au Kenya, sauf obligations professionnelles.

FRANÇAIS

Il y a environ 1.200 ressortissants français installés au Kenya. Aucun plan d'évacuation n'est prévu, cette mesure étant réservée aux cas particuliers de conflits représentant un danger pour les ressortissants.