La Chine paralysée par son pire hiver depuis 50 ans

REPORTAGE A la gare de Shanghai, les passagers en colère campent dans l'espoir de pouvoir passer le nouvel an en famille...

De notre correspondante à Shanghai, Caroline Dijkhuis

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Des milliers de Chinois attendent leur train dans la salle d’attente n°6 de la gare centrale de Shanghai, le 28 janvier 2008.
Des milliers de Chinois attendent leur train dans la salle d’attente n°6 de la gare centrale de Shanghai, le 28 janvier 2008. — C. DIJKHUIS / 20 MINUTES

La Chine sous la neige et en alerte rouge. Ce mercredi matin, le centre national météo a affirmé que la situation était en alerte maximum pour trois jours encore, avec de nouvelles tempêtes prévues du centre au sud du pays jusque vendredi.

«Il faut remporter la victoire totale dans la bataille contre les désastres naturels», a déclaré dans une verve toute communiste le président Hu Jintao aux autorités du pays. Pékin a débloqué mardi 13 millions de dollars d’aide extraordinaire. Depuis quatre jours, 4 millions d’hectares de champs, 500.000 foyers inondés ou détruits, et 101 personnes au moins sont décédées dans des accidents dus à l’hiver chinois «le plus rigoureux depuis cinquante ans».

La crise est d’autant plus importante que la Chine entre en congés annuels pour célébrer le nouvel an mercredi prochain: 180 millions de Chinois ont prévu de voyager pour rejoindre leurs proches, mais des centaines de milliers d’entre eux ont été bloqués. Gros point rouge, la gare de Canton, où jusqu’à 600.000 passagers se sont retrouvés sans trains. Soit à cause de voies bloquées par la neige, soit à cause d’un manque d’approvisionnement d’électricité.

«Je ne rentre qu'une fois par an»

Le train reste le moyen de transport privilégié pour traverser le pays lors de voyages qui peuvent durer jusqu’à 40 heures. A la gare centrale de Shanghai, on a profité d’une accalmie depuis mardi soir. «On a réussi à faire partir entre dix et vingt trains supplémentaires vers le nord, ça fait 12.000 passagers», assure Sun Lei, qui travaille à la salle de contrôle de la gare. Reste que les voies ferrées du sud sont impraticables, et que 6.000 personnes attendaient mercredi leurs trains depuis parfois 24 heures. Deux chapiteaux blancs ont été dressés devant la gare pour leur permettre de s’abriter, mais les entrées du métro ont été fermées, afin d’éviter qu’ils n’envahissent le souterrain.

Dans la salle d’attente n°6, près de 1.500 personnes ont passé la nuit sur les bancs en fer, entre valises et balluchons. «Comment voulez-vous qu’on dorme? On est trop nombreux!, s’exclame Sui Li, une jeune femme au bord des larmes. Il y a deux salles de bains, l’une d’elle a été fermée.» Elle devait rejoindre son petit garçon de 4 ans pour le nouvel an, qu’elle ne voit que trois fois par an. Un homme regarde entre colère et résignation le panneau d’affichage du train 5006, indiquant «en attente». «Le nouvel an se passe à la maison, avec nos parents, c’est trop important pour nous les ouvriers migrants! Je travaille dur et ne rentre qu’une fois par an. Alors je reste ici. Il se peut qu’on attende deux jours, mais si ça tombe dans deux heures c’est bon!»