Orientation des bacheliers: Le médiateur de l'Education nationale tape aussi sur APB

EDUCATION Claude Bisson-Vaivre constate la défiance des familles envers la plateforme et propose de nombreuses idées pour l’améliorer…

Delphine Bancaud

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Claude Bisson-Vaivre, médiateur de l'Education nationale, le 29/06/17.
Claude Bisson-Vaivre, médiateur de l'Education nationale, le 29/06/17. — D.Bancaud/20minutes
  • Le médiateur a reçu 137 réclamations sur APB en 2016. Et en 2017 elles seront a priori plus nombreuses.
  • Il recommande de mieux anticiper les hausses démographiques pour adapter les capacités d’accueil des universités en fonction.
  • Il recommande d’améliorer la formation des familles sur l’utilisation de la plateforme.

Décidément il n’y a plus grand monde pour défendre le système d’admission post-bac qui permet aux futurs bacheliers de s’inscrire dans l’enseignement supérieur. Après la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, qui a déclaré lundi qu’APB était « à bout de souffle », le médiateur de l’Éducation nationale en a rajouté une couche ce jeudi lors de la présentation de son rapport annuel.

Car si APB a généré un nombre réduit de réclamations auprès du médiateur en 2016 (137 sur quelque 12.000 saisines), elles révèlent « une vraie souffrance et beaucoup d’angoisses de parents », a souligné Claude Bisson-Vaivre. D’ailleurs ces réclamations sont en constante augmentation ces dernières années.

La déception des pastilles vertes

Des réclamations qui émanent principalement de Franciliens (80 sur les 137 reçues). Et pour l’heure, celles reçues par le médiateur pour le premier semestre 2017 sont en progression dans la région Ile-de-France par rapport à la même période en 2016. « Nous ne pouvons pas ignorer les dysfonctionnements en 2017, notamment concernant la pastille verte », a indiqué le médiateur. Car pour la première fois cette année, les futurs bacheliers étaient obligés de sélectionner une filière dite « pastille verte », qui ne devait pas être en tension et leur assurer une place. Or, des milliers d’étudiants se sont retrouvés sur liste d’attente quand même dans 19 formations portant une pastille verte.

« Le contrat moral qui a été passé avec eux a été rompu. Cela crée de l’incompréhension », tranche Claude Bisson-Vaivre. Principale cause de cette situation cette année : « il n’y a pas eu d’anticipation des effectifs, alors qu’on compte40.000 futurs étudiants en plus cette année et les capacités d’accueil des universités n’ont pas été renforcées, ce qui a créé une confrontation entre l’offre et la demande », souligne le médiateur, qui recommande à l’Enseignement supérieur de mieux anticiper les hausses démographiques et de mieux évaluer les capacités d’accueil des différentes filières.

Rendre APB compréhensible par tous, un défi

Et en 2016 comme en 2017, le médiateur constate qu’APB représente toujours un pensum pour les familles. Elles ne comprennent pas toujours très bien le fonctionnement de la plateforme et le choix des réponses possibles à une  proposition d’admission. D’ailleurs, certaines familles se font piéger par la réponse « non, mais » qui signifie que le candidat refuse la proposition qui lui est faite, mais maintient sa candidature sur les vœux mieux classés de la liste pour lesquels il est considéré sur liste d’attente. « Or, il n’est pas assuré d’obtenir un de ses vœux mieux classés et court donc le risque de se trouver sans affectation », souligne le médiateur. D’où la demande de Claude Bisson-Vaivre à l’Education nationale de supprimer tout bonnement cette possibilité du « non, mais ».

Plus globalement, le médiateur estime qu’il faut rendre APB plus compréhensible aux familles. « Il faut rendre le fonctionnement de la plateforme plus transparent », insiste-t-il. Et il préconise pour cela de « dispenser à l’intention des familles et de façon systématique, dans tous les établissements scolaires, une information sur l’algorithme ». Des initiatives de ce type existent déjà dans certains établissements qui organisent par exemple, « une nuit d’APB » lors duquel les familles sont invitées à manipuler la plateforme pour se familiariser avec la « bête ».

Travailler l’orientation avec elle

Les désillusions liées à APB révèlent aussi chaque année, l’échec de l’Education nationale à accompagner efficacement les lycées dans leur processus d’orientation. La ruée vers la filière Staps en est l’exemple : les bacheliers veulent s’y inscrire car ils aiment le sport, mais ils se leurrent sur le contenu et les exigences de la formation, d’où un fort échec en première année. Selon Claude Bisson-Vaivre, une « présentation très précise » de ce qui attend les étudiants au sein d’une filière est nécessaire «. Pour cela il préconise » un travail à l’intérieur des établissements sur une orientation active «, avec des » rencontres régulières avec le professeur principal «. Un processus qui prendrait en compte aussi un accompagnement à la saisie des vœux », insiste-t-il.

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Un meilleur travail en amont sur l’orientation permettrait aux élèves de moins se précipiter sur certaines filières, aujourd’hui en tension (Staps, droit, psycho, Paces). Ce qui aurait aussi comme bénéfice d’avoir moins recours au tirage au sort, « pour lequel, je ne me suis jamais positionné favorablement », martèle Claude Bisson-Vaivre.

Permettre des recours plus faciles

Reste que Rome ne s’est pas construite en un jour. Le médiateur est conscient que l’amélioration d’APB prendra du temps. Anticipant d’autres déceptions pour les bacheliers jusqu’à la dernière phase du processus d’admission post-bac, Claude Bisson-Vaivre veut que l’on remette un peu d’humanité derrière la machine. « Nous souhaitons que les parents puissent être reçus à tout moment de l’été et que des permanences soient assurées dans les rectorats et dans les universités afin de résoudre le plus de problèmes possible », insiste-t-il.

Il invite aussi les étudiants qui seraient dans la panade à le saisir : « l’an dernier nous avons trouvé des solutions pour la majorité des personnes qui ont fait une réclamation », affirme-t-il. Une information qui ne tombera sûrement pas dans l’oreille de sourds…