Des femmes mutilées de mères en filles

EXCISION Retour sur cette mutilatoin, alors que se tient ce mercredi le forum de l'Unesco sur l'égalité des genres...

Mélanie Duwat

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Kadiatou Makalou, Malienne de 38 ans, a été excisée à l'âge de deux semaines. Si elle ne se souvient pas de son excision (ablation du clitoris), elle a toujours su «qu'il n'y avait plus rien en bas». Souvent, elle voyait d'autres petites filles être mutilées car «les femmes non excisées tombent amoureuses tout le temps et ne sont pas respectées».


Sa propre mère, excisée comme toutes les femmes de la famille, ne voulait pas que Kadiatou subisse le même sort, mais, comme le précise Isabelle Gillette-Faye, directrice du Groupe pour l'abolition des mutilations sexuelles (Gams), au Mali, «la décision de faire ou non mutiler son enfant ne revient pas à la mère biologique, l'enfant appartient à la communauté. Au Mali, 96,9% des femmes de l'ethnie soninké sont excisées et, bien que Bamako ait ratifié le protocole de Maputo*, les mutilations sexuelles féminines ne sont toujours pas interdites par la loi.»

Kadiatou a revécu le traumatisme de son excision le jour où, profitant de son absence, sa famille a fait exciser Ramata et Ami, ses jumelles de 7 ans. Depuis, Ramata a des problèmes d'incontinence et sa grand-mère paternelle pense que «si elle pisse toujours, il faut recouper». Kadiatou s'est donc enfuie avec ses filles pour les protéger. Elle s'est réfugiée en France en 2006: «Ma famille m'a trahie, je ne veux plus jamais retourner au Mali.»

Au-delà de la douleur physique qu'elle ressentait parfois lors des rapports sexuels, Kadiatou évoque une grande souffrance psychologique. «L'excision a détruit ma vie et celle de mes filles.» Ramata, qui a honte de porter des couches, cache à ses camarades de classe sa «différence». Mais, avant de l'opérer, les médecins veulent d'abord résoudre son problème urinaire. Les premiers examens ne montrent aucune anomalie. L'incontinence de Ramata pourrait être d'origine psychosomatique, en raison du traumatisme provoqué par la mutilation. Cependant, les médecins attendent les résultats d'examens approfondis pour rendre leur diagnostic.

* Le Protocole relatif aux droits des femmes en Afrique aussi appelé Protocole de Maputo, est entré en vigueur en 2005.