Kenya, une crise plus politique qu'ethnique

F. Vincent - ©2008 20 minutes

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Difficile de qualifier avec précision la crise qui agite le Kenya. Depuis l'élection présidentielle du 27 décembre, entachée de fraudes, le pays est en proie à des violences meurtrières qui ont fait plus de 900 morts. Hier encore, au moins 49 personnes ont été tuées, la plupart dans l'ouest du Kenya, dans des affrontements interethniques et lors d'opérations de police, selon cette dernière. La communauté internationale s'inquiète. « On parle de génocide... à quoi aura servi le Rwanda ? », s'interrogeait dimanche le président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré.

Le vocabulaire ethnique a aussi contaminé le discours politique. Le porte-parole du gouvernement, Albert Mutua, a ainsi accusé l'opposition, qui conteste la réélection du président Kibaki, de procéder à un « nettoyage ethnique ». Qu'en est-il réellement ?

Selon Jérôme Lafargue, chercheur à l'institut français de recherche en Afrique à Nairobi, « parler d'affrontements ethniques entre Kikuyus [l'ethnie du président Mwai Kibaki] et Luos [celle de l'opposant Raila Odinga, vaincu à la présidentielle] est réducteur. Il n'y a pas que les Kikuyus qui sont tués à la machette. » Plusieurs dynamiques s'entrecroisent, explique-t-il : la crise politique, le règlement de comptes entre différentes ethnies dans des localités bien précises pour des raisons historiques (comme la vallée du Rift, épicentre des violences), et l'apparition de bandes criminelles qui profitent de la situation.

Mais les événements et les accusations réciproques des deux clans ont un peu changé la donne. « La compétition politique s'est traduite en termes ethniques, enclenchant un processus incontrôlable, analyse Claire Médard, chercheuse à l'Institut de recherche pour le développement. Alors que jusqu'à présent, la dimension politique a toujours été liée à la dimension ethnique sans que cela pose problème. » Les fraudes ont servi de déclencheur. « Aujourd'hui, c'est l'engrenage, et on ne sait pas comment l'arrêter », affirme la chercheuse.