Portugal: Les feux maîtrisés, l'heure est aux explications

INCENDIE Les pompiers sont parvenus jeudi à maîtriser les principaux feux de forêt qui ont ravagé le centre du Portugal, faisant 64 morts et 204 blessés…

20 Minutes avec AFP

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Un pompier, dans l arégion de Pampilhosa da Serra, au Portugal.
Un pompier, dans l arégion de Pampilhosa da Serra, au Portugal. — MIGUEL RIOPA / AFP

Après avoir circonscrit mercredi en fin de journée l’immense brasier de Pedrogao Grande, au Portugal, les pompiers ont fini par stopper jeudi matin la progression de l’incendie de la région de Gois, qui s’était lui aussi déclaré samedi dernier. Au total, plus de 2.000 hommes restaient mobilisés afin de venir à bout de ces deux feux de forêt, avec le soutien des onze avions de lutte anti-incendie dépêchés depuis dimanche par l’Espagne, la France et l’Italie.

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Les deux gros foyers d’incendie ont connu un répit dans la nuit de mercredi à jeudi grâce à des conditions météo plus favorables : les températures étaient en baisse, et ne devaient pas dépasser les 29° dans la journée, et le niveau d’humidité avait augmenté. Depuis samedi, les services de secours tentaient sans relâche de freiner l’avancée des flammes, attisées sur divers fronts par une chaleur caniculaire et des vents qui ont souvent changé de direction.

Des espèces hautement inflammables

Le terrain très accidenté de ces régions boisées d’eucalyptus et de pins, espèces hautement inflammables, a également compliqué le travail des pompiers. Evacués deux jours auparavant, les habitants de la quarantaine de villages des monts escarpés surplombant Gois ont regagné jeudi leurs maisons, qui ont pu être sauvées in extremis par les pompiers et les riverains restés sur place en dépit du danger.

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« Au moment où les incendies les plus inquiétants ont été maîtrisés, j’ai deux mots pour évoquer cette tragédie humaine sans précédent : douleur et solidarité », a déclaré jeudi, le ton grave, le Premier ministre Antonio Costa, portant une cravate noire, à l’issue du conseil des ministres à Lisbonne. « Il est essentiel d’élucider totalement tout ce qui s’est passé », a-t-il ajouté. La veille au soir, sa ministre de l’Intérieur Constança Urbano de Sousa avait reconnu l’existence d’une défaillance partielle du système de communications de l’Etat.

64 morts

Le feu de Pedrogao Grande a tué 64 personnes, dont seulement 43 avaient été identifiées jeudi matin. Parmi ces victimes, 47 sont mortes samedi sur la route nationale 236 reliant les bourgades, piégées dans leurs véhicules alors qu’elles tentaient de fuir les flammes qui se sont propagées à une vitesse inouïe. « Les événements fatidiques de la N236 ont eu lieu dans le cadre d’un phénomène exceptionnel », a écrit le Commandement général de la gendarmerie, dans un document adressé au chef du gouvernement, qui lui avait réclamé des « éclaircissements rapides » dès mardi.

« Le feu a atteint cette route de façon totalement inattendue, inhabituelle et effroyablement soudaine », a ajouté la gendarmerie dans sa réponse à Antonio Costa, qui souhaitait notamment savoir pourquoi cette voie n’avait pas été fermée à la circulation. La gendarmerie s’est défendue en faisant valoir qu’au moment du drame, elle ne disposait d'« aucune information sur l’existence d’un risque potentiel ou réel à emprunter cette voie ».

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Interrogé par le Premier ministre sur d’éventuelles « circonstances inhabituelles pouvant expliquer la dimension et l’intensité de la tragédie », l’institut météorologique portugais a confirmé avoir constaté une situation particulièrement « complexe et exceptionnelle ». Cette agence a ainsi décrit un phénomène météorologique provoqué par « un vent de forte intensité et la dynamique de l’incendie lui-même ».

« Downburst »

Ce phénomène de rafale descendante, connu en anglais comme downburst, « est parfois confondu avec une tornade et a un grand impact en cas de feu de forêt car il projette des fragments enflammés dans plusieurs directions », a ajouté l’institut. Le président de la Ligue des pompiers, Jaime Marta Soares, avait de son côté relancé mercredi l’hypothèse d’une origine criminelle de l’incendie, alors que la police judiciaire avait écarté dès dimanche cette piste, au profit de celle d’un orage sec au cours duquel la foudre aurait embrasé la forêt.