Portugal: Quatre polémiques autour de l'incendie qui a fait 64 morts

POLEMIQUE Alors que les funérailles des premières victimes ont commencé et que les principaux foyers sont maîtrisés, les polémiques enflent autour du tragique incendie qui a touché le Portugal... 

Océane Marache

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La population Portugaise exige des explications sur l'incendie qui a ravagé une partie du pays.
La population Portugaise exige des explications sur l'incendie qui a ravagé une partie du pays. — Armando Franca/AP/SIPA
  • Un incendie s’est déclaré samedi 17 juin dans l’après-midi aux alentours d’une commune du centre du pays.
  • Le feu a été maîtrisé ce jeudi mais n’est pas encore éteint, selon les pompiers.
  • La population et le gouvernement souhaitent des explications pour comprendre ce drame qui a fait 64 morts et 254 blessés

Après la tristesse, la colère. L’incendie qui a ravagé la commune de Pedrógão Grande au centre du Portugal et ses alentours  a fait 64 morts et 254 blessés d’après le dernier bilan. Un drame qui provoque l’incompréhension et la colère des Portugais et du gouvernement qui exigent des explications. Si la piste criminelle a été écartée, plusieurs acteurs sont tout de même mis en cause. 20 Minutes revient sur les quatre polémiques qui font rage.

  • Aucun entretien des broussailles très inflammables

La première des incompréhensions vient du manque d’entretien des broussailles, notamment d’eucalyptus, très présents dans la zone touchée. Cette plante est en effet très inflammable : ses feuilles peuvent voler sur plus de deux kilomètres tout en se consumant, provoquant ainsi une rapide et vaste propagation du feu.

Selon Joao Camargo, expert du changement climatique, ces plantes non régulées sont en grande partie responsables de ce drame. A cela s’ajoute le fait qu’au Portugal, aucune loi n’oblige la population à un minimum d’entretien des terrains et que la désertification des campagnes n’aide pas au nettoyage. Enfin, l’institut météorologique portugais a fait état lors du déclenchement de l’incendie d’un « vent descendant de forte intensité » appelé le « downburst ». « Il est parfois confondu avec une tornade et a un grand impact en cas de feu de forêt car il projette des fragments enflammés dans plusieurs directions », a ajouté l’institut. Résultat, 26.000 hectares sont partis en fumée depuis samedi dans cette zone où les routes et les maisons entourées d’eucalyptus sont des proies faciles pour les flammes.

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  • Le plan de lutte incendie n’avait pas été actualisé

Le quotidien portugais Público a titré « Le plan contre les incendies n’avait pas été révisé depuis quatre ans ». Il rappelle ainsi que le plan de lutte incendie est censé être révisé et actualisé tous les deux ans, mais visiblement, les incendies n’étaient pas la priorité de l’Assemblée nationale. Ce plan prévoit plusieurs phases d’alerte en fonction du calendrier. Dans son état actuel, la phase « Charlie » -qui offre une pleine capacité de moyens face au feu- n’est déployée que le 1er juillet de chaque année.

Paulo Fernandes, enseignant en écologie et sciences environnementales à l’université UTAD au nord du Portugal s’est révolté contre ce calendrier dans les colonnes de Público : « Un système moderne ne peut pas dépendre du calendrier, nous devons avoir la souplesse nécessaire pour répondre en conséquence chaque fois que nécessaire ».

  • Interrogations sur la route 236

Sur la route 236 - renommée « La route de la mort » depuis le drame-, 57 personnes ont péri, encerclées par les flammes. Entouré d’eucalyptus, cet axe aurait dû être fermé pour ne pas mettre en péril les automobilistes. Pourtant, selon les témoignages de survivants, la gendarmerie et les militaires les ont, au contraire, poussés à emprunter ce chemin. « Quand nous sommes arrivés au niveau de l’IC8 [une voie rapide toute proche], les militaires ne nous ont pas laissés passer. Comme ils nous ont demandé de poursuivre notre chemin [vers la route 236], nous pensions que la route était sans danger, mais elle ne l’était pas », a déclaré Maria de Fatima, une survivante, sur une chaîne de télévision locale.

Le Premier ministre, António Costa, a réclamé des éclaircissements aux gendarmes qui lui ont envoyé des explications dans la foulée. Le Commandement général de la gendarmerie a donc indiqué que « le feu avait atteint cette route de façon totalement inattendue, inhabituelle et effroyablement soudaine. [Au moment du drame, nous ne disposions] d’aucune information sur l’existence d’un risque potentiel ou réel à emprunter cette voie ».

  • La protection civile est apparue désorganisée

La protection civile chargée, entre autres, de l’évacuation, de la gestion des civils et de la prise en charge des victimes, n’aurait pas assez anticipé les risques d’incendies et les conséquences qui en découlent. Le principal échec réside dans le fait que le système de communication de la protection civile (SIRESP), le seul moyen pour planifier, contrôler et exécuter les opérations, s’est interrompu. Cette coupure a alors empêché l’organisation des forces opérationnelles et de prévenir d’éventuelles personnes exposées.

António Salgueiro, un expert national en incendies de forêt, explique pourtant à Público que ce réseau a coûté 400 millions de dollars : « La protection civile dispose [aussi] de ressources alternatives pour qu’il n’y ait aucun manque ou que la probabilité de défaillance soit très faible ».

La sécurité civile devra donc également rendre des comptes au gouvernement pour expliquer ces manquements qui ont causé autant de victimes.