Etats-Unis: Comment Donald Trump a créé le trafic illégal d’avocats

TRAFIC Une conséquence inattendue du projet de construction du mur entre le Mexique et les Etats-Unis…

Clémence Apetogbor
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Des avocats sur le marché de Los Angeles
Des avocats sur le marché de Los Angeles — MARK RALSTON / AFP

Aux Etats-Unis, le fruit vert peut valoir de l’or. Trois hommes ont été arrêtés le 14 juin dernier dans le comté de Ventura, en Californie, rapporte Mashable pour trafic illégal d’avocats. Leur « business », qui durait depuis plusieurs mois, aurait rapporté pas moins de 300.000 dollars (269.000 euros).

Mais comment expliquer ce trafic pour le moins surprenant ? Les Américains seraient-ils tous fous de guacamole au point d’acheter le fruit à la chair verte sous le manteau ? La faute à Donald Trump… ou presque. Explication en trois temps.

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  • Trump et la promesse d’un mur à la frontière américano-mexicaine

Rappelez-vous, pendant sa campagne électorale, celui qui est candidat à la Maison Blanche promet à qui veut l’entendre la construction d’un mur à la frontière entre son pays et le Mexique. « Celui qui n’a pas entendu parler du mur de Trump devait vivre dans une grotte. Et même dans les grottes, on en a entendu parler », ironise Jean-Eric Branaa maître de conférences à la Sorbonne et spécialiste des Etats-Unis. « Pour l’administration Trump, cette frontière est poreuse. Elle permettrait aux immigrés mais aussi aux trafiquants et aux terroristes de pénétrer le sol américain. »

Le 25 janvier, précisément, Donald Trump signe le décret lançant le projet de construction du mur le long des 3.200 kilomètres de frontière qui séparent les deux pays et a réitéré son intention de le faire financer par le Mexique. La facture se chiffre en milliards de dollars.

  • La menace d’une taxe sur les produits mexicains

Dès le 26 janvier, le porte-parole de la Maison Blanche évoque une taxe de 20 % sur tous les produits venus du pays voisin pour financer la construction du mur. « En faisant cela, nous pouvons récolter 10 milliards de dollars par an et facilement payer pour le mur grâce à ce seul mécanisme », déclare même Sean Spicer aux journalistes.

Cette taxe n’a toujours pas été mise en place, rappelle Jean-Eric Branaa. Le chercheur indique que « le président élu avait également menacé d’instaurer une taxe de 35 % pour les produits fabriqués par les entreprises américaines au Mexique, notamment Ford, pour être ensuite réimportés aux Etats-Unis ». Une menace qui n’a pas été mise à exécution mais qui a considérablement fait augmenter le prix des produits susceptibles d’être frappés par cette taxe, comme les avocats. D’autant que neuf avocats sur dix consommés aux Etats-Unis proviennent… du Mexique. Ce trafic anecdotique est en fait logique, analyse Jean-Eric Branaa. « Dès qu’il y a une différence de prix entre deux pays sur un produit, ça peut laisser la place à du trafic et à la prolifération des gangs. »

  • Le torchon brûle entre Washington et Mexico

La menace de cette taxation a également eu des répercussions diplomatiques avec le Mexique, troisième partenaire commercial des Etats-Unis. Fin janvier, le président mexicain Enrique Peña Nieto annulait sa visite à Washington, où il devait rencontrer son homologue américain.

Elle pourrait également se retourner contre le président américain si d’autres produits alimentaires mexicains font l’objet de trafics illégaux. « Le président Trump va jouer sa crédibilité sur cette mesure, si le mur ne voit finalement pas le jour », prédit Jean-Eric Branaa. Pour l’heure, le budget nécessaire à sa construction n’a pas été approuvé par le Congrès mais le président est visiblement un homme patient. « Nous avons tout le temps qu’il faut », a affirmé Donald Trump, en martelant que le mur serait érigé avant la fin de son mandat.