Emeutes meurtrières à Beyrouth

LIBAN Sept personnes ont été tuées dans la banlieue à majorité de la capitale après...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Chiyah, banlieue de Beyrouth à majorité chiite. En plein carrefour, deux hommes ont installé chaises et table.  C’est notre territoire, nous faisons ce que nous voulons aujourd’hui!», clament-ils en chœur. A quelques dizaines de mètres, un amas de pneus en feu dégage une épaisse colonne de fumée noire. Une BMW rutilante s’approche, un homme au visage masqué saisi une barre à mine et défonce la lunette arrière. «On ne passe pas!», hurle-t-il. Ce dimanche soir à Beyrouth, le quartier de Chiyah – en pleine ébullition –est complètement encerclé par l’armée qui a dépêché de nombreux transports de troupes.

Tout a commencé en fin d’après-midi. Motif officiel de la manifestation du jour, comme celle des journées précédentes: crier le mécontentement du peuple face à la cherté de la vie, et demander la démission du Premier ministre pro-occidental Fouad Siniora. Mais les événements ont vite dérapé. Sur la route de l’aéroport, de jeunes hommes incendient pneus et véhicules, interdisant le passage dans leur pré carré. Les manifestants se heurtent aux forces de l’ordre, à coup de jets de pierre, puis d’armes automatiques. La tension monte d’un coup à l’annonce d’un premier mort, victime d’un tir de l’armée libanaise.

A 19h30, un premier bilan s’élève à quatre morts, puis monte à sept, tous dans les rangs des émeutiers chiites. Dans la banlieue sud, les avenues sont prises d’assaut par des bandes de manifestants, la rage au ventre, d’autres sillonnant les alentours sur leurs scooters. L’air du soir empeste le caoutchouc brûlé.

Peu avant 20h, une explosion retentit dans la banlieue sud de Beyrouth, venant du quartier voisin de Mar Mikhaël. Un tir de RPG-7 vient d’éventrer la façade d’une agence de la Banque Libano-Française, sans faire de victime.

Dans cette zone de la capitale libanaise, des quartiers bien distincts – communautairement parlant – sont très proches les uns des autres. A quelques mètres de Chiyah, les quartiers chrétiens d’Aïn el-Remmaneh et de Furn el-Chebbak suivent les événements de près. Dans les rues, des groupes d’hommes montent la garde. «Nous formons des ‘comités citoyens’, au cas où les affrontements se déplacent par ici. Nous les attendons de pied ferme!», prévient Elie, un post-adolescent au visage déterminé. Moins d’une demi-heure plus tard, une grenade explose en bordure d’Aïn el-Remmaneh (ce quartier est séparé de Chiyah par un boulevard), blessant sept personnes, dont une grièvement.

Dans le reste du pays, les mêmes scènes se répètent, à Baalbeck dans le fief du Hezbollah dans la plaine de la Bekaa, au nord à Hermel… Même la ville de Saïda (fief sunnite de la famille Hariri, pilier de la majorité parlementaire), est coupé du reste du pays pendant quelques heures.

Le commandant en chef de l’armée et présidentiable en puissance, Michel Sleimane, avait prévenu en milieu de semaine que la troupe serait intransigeante en cas d’émeutes. Et elle a tenu promesse. «Ce qui se passe ce soir a tout d’un début de guerre civile, déplore Nour, une chrétienne de Beyrouth-Est. C’est effrayant, car tout peut déraper d’une minute à l’autre.»