Législatives au Royaume-Uni: Brexit, «hung Parliament», Labour... Quelles conséquences après la semi-défaite des Conservateurs?

ELECTION Theresa May va certes former un nouveau gouvernement, mais la cheffe du gouvernement et son parti sortent affaiblis par ce scrutin au moment d'entamer les négociations autour du Brexit...

Anissa Boumediene

— 

Theresa May, photographiée le 9 juin 2017.
Theresa May, photographiée le 9 juin 2017. — Stefan Rousseau/AP/SIPA
  • Le gouvernement de Theresa May a perdu la majorité absolue au Parlement britannique jeudi à l’issue des élections législatives anticipées.
  • La Première ministre a toutefois obtenu l’autorisation de former un nouveau gouvernement.
  • Mais le parti conservateur et sa leader sont affaiblis au moment d’entamer les négociations autour du Brexit.

Elle espérait une large victoire, mais s’est pris un camouflet. Au lendemain des élections législatives britanniques, la Première ministre Theresa May a été désavouée dans les urnes alors que son gouvernement a perdu la majorité absolue dont il disposait au Parlement. Le parti conservateur a ainsi perdu une douzaine de sièges à la Chambres des communes, alors que le parti travailliste de Jeremy Corbyn a de son côté raflé 29 sièges supplémentaires. La locataire du 10 Downing Street, qui pensait obtenir une majorité renforcée pour négocier la sortie de l’Union européenne, souhaite toutefois conserver son siège de Premier ministre et a annoncé ce vendredi après-midi son intention de former un nouveau gouvernement.

>> Suivez en direct les événements de la journée

On ignore pour l’heure s’il s’agira d’une formation de coalition ou d’un gouvernement minoritaire, mais les choses s’annoncent compliquées pour Theresa May, plus fragile que jamais alors qu’elle s’apprête à entamer les négociations du Brexit. Quelles conséquences cette semi-défaite électorale des Conservateurs aura-t-elle pour Theresa May, pour Jeremy Corbyn et sur le Brexit ? Wait and see.

Quel avenir pour Theresa May et les Conservateurs après cette défaite relative ?

Nombreux sont ceux qui depuis plusieurs jours appellent la Première ministre à la démission, à commencer par Jeremy Corbyn, le leader travailliste, qui a passé la seconde à l’annonce des résultats du scrutin. Que nenni, Theresa May ne semble pas décidée à lâcher les rênes du pouvoir, puisqu’elle annonçait début d'après-midi avoir demandé l’autorisation de former un nouveau gouvernement, une autorisation accordée par la reine Elizabeth II.

« C’est une initiative surprenante de la part de Theresa May », réagit Agnès Alexandre-Collier, professeure à l’université de Bourgogne et coauteure de Les partis politiques en Grande-Bretagne (éd. Armand Colin). Mais c’est le parti qui obtient la majorité des sièges qui forme un gouvernement et là, ce sont les Conservateurs qui ont la main », rappelle-t-elle.

Toutefois, le parti ne dispose plus désormais que d’une majorité relative, ou « hung Parliament », ce qui place les Conservateurs dans une position vulnérable. « Le parti peut tout à fait former un gouvernement, décider de pousser Theresa May vers la sortie et mettre un autre Tory à sa place, ajoute la spécialiste de la vie politique britannique et de ses institutions. Mais dans cette hypothèse, le nom du remplaçant reste un mystère, les grands ténors du parti que sont Boris Johnson et Michael Gove étant grillés dans l’opinion ».

Si Theresa May était éjectée de la tête du gouvernement par les siens, « c’est sans doute une figure Tory moins connue et plus consensuelle qui lui serait préférée, table Agnès Alexandre-Collier. Mais quelqu’un qui aurait déjà fait ses preuves et qui puisse avoir ses entrées avec les partenaires européens pour négocier le Brexit ».

L’avenir de Theresa May à la tête du parti, donc à la tête du gouvernement, n’est plus si certain, même si elle s’est octroyé un sursis ce vendredi.

>> A lire aussi : Législatives en Grande-Bretagne: Qui est Jeremy Corbyn, grand gagnant du scrutin?

Quel rôle pour Jeremy Corbyn ?

Il se serait bien vu prendre ses quartiers au 10 Downing Street, mais malgré la trentaine de sièges que le parti travailliste a fait tomber dans son escarcelle, Jeremy Corbyn ne prendra pas la place de Theresa May à la tête du gouvernement. Oubliées les éventuelles possibilités de coalition avec le SNP écossais ou encore des libéraux démocrates, Theresa May ne cédera pas sa place.

Mais tout n’est pas perdu pour le leader du Labour. « Corbyn sort malgré tout gagnant de cette élection, estime Agnès Alexandre-Collier. Les résultats du scrutin ont renforcé sa stature, lui a fait l’objet d’une campagne de dénigrement sans relâche de la part des Tories et de la presse tabloïd britannique. Theresa May, elle, a péché par excès de confiance en sa future victoire, mais elle s’est concentrée sur les seules questions du Brexit, de la sécurité et de l’immigration. Jeremy Corbyn, lui, a su remettre les questions du quotidien qui préoccupent les Britanniques au cœur du débat, en prônant un "soft Brexit" qui protège les emplois », analyse Agnès Alexandre-Collier.

Une chose est sûre, « Jeremy Corbyn ne va pas faciliter la tâche de son adversaire », ajoute-t-elle.

Quel Brexit pour les Britanniques ?

Brexit hard ou soft, telle est la question. Affaiblie au lendemain d’un scrutin qui n’a pas tourné en sa faveur, Theresa May pourra-t-elle conserver sa ligne dure à l’amorce des négociations de la sortie du Royaume-Uni de l’UE ? « Tout est voté par le Parlement, expose Agnès Alexandre-Collier. Or, qui dit pas de majorité absolue dit difficulté pour un gouvernement de faire passer ses mesures au Parlement. Les Conservateurs vont nécessairement devoir faire des compromis, et Theresa May ne pourra très certainement pas tenir la ligne dure du Brexit qu’elle voulait tant ».

Fermeture des frontières, coupure des liens avec l’extérieur ou encore limitation de l’immigration : Theresa May ne pourra sans doute pas mettre en place le « hard Brexit » pour lequel elle avait convoqué ces élections anticipées. Pour Agnès Alexandre-Couturier, la cheffe du gouvernement n’est pas au bout de ses peines. « Au lendemain de cette défaite, l’UE ne s’en laissera pas compter et ne fera lui aucun cadeau dans la négociation du Brexit ».