VIDEO. Audition de James Comey: L'obstruction à la justice, la menace qui pèse sur Donald Trump

DECRYPTAGE Les républicains défendent pour l'instant le président américain...

P.B. avec AFP

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Donald Trump face à l'ex-directeur du FBI, James Comey, le 22 janvier 2017 après son investiture.
Donald Trump face à l'ex-directeur du FBI, James Comey, le 22 janvier 2017 après son investiture. — Andrew Harrer/NEWSCOM/SIPA

« J’espère que vous pourrez passer à autre chose, laisser tomber Flynn. C’est un type bien, j’espère que vous pourrez laisser tomber. » C’est la requête faite par Donald Trump en février dernier au directeur du FBI, James Comey, selon le témoignage livré par ce dernier, mercredi. Ces mots, et la décision du président américain de limoger Comey le mois dernier, sont au cœur d’un féroce débat à Washington : Donald Trump – qui a démenti par la voix de son avocat avoir effectué une telle demande – risque-t-il une destitution pour « obstruction à la justice » en ayant cherché à influencer l’enquête sur la Russie ? Les experts sont divisés.

James Comey, lui, a pris soin de ne pas se prononcer sur la question centrale de l’obstruction, se cantonnant aux faits. « Je ne sais pas. Cela sera à Bob Mueller [le procureur spécial] de le déterminer. »

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Agir « de manière corruptrice »

Selon les lois américaines, « quiconque essaye, de manière corruptrice, (…) d’influencer, d’entraver ou d’empêcher la bonne administration de la justice, doit être puni ». « La clé », explique Brandon Garrett, professeur de droit à l’université de Virginie, « c’est qu’il doit y avoir une intention » de contrecarrer, en connaissance de cause, le bon fonctionnement de la justice.

« Le limogeage de Comey est jusqu’ici la meilleure preuve que Trump a agi de manière corruptrice », explique Joshua Dressler, professeur à l’université d’Etat de l’Ohio. Mais selon lui, l’audition de jeudi « ne suffit pas à rendre la destitution soudain plus probable. Il faut plus, des enregistrements peut-être ou quelqu’un qui accepte de témoigner moyennant immunité ».

Interprétation du Congrès

Dans l’absolu, le débat est surtout intellectuel. Les experts débattent de ce point mais Donald Trump, en tant que président américain, ne risque pas vraiment un procès au pénal après une inculpation devant un grand jury : c’est le Congrès américain, et donc l’interprétation des élus, qui doit décider si un président s’est rendu coupable d’un « crime ou d’un délit majeur ». La Chambre vote un « impeachment » puis il faut une majorité des deux tiers au sénat pour condamner et destituer un président.

Lors du Watergate, les républicains avaient soutenu Richard Nixon, jusqu’à ce que cela devienne impossible, notamment après l’affaire des fameux enregistrements, et le président avait fini par démissionner avant le vote du sénat.

« Désir » vs « directive »

Pour l’instant, les républicains, majoritaires au Congrès, serrent les rangs autour du président. Lors de l’audition, un sénateur conservateur a estimé que Donald Trump avait simplement exprimé « un désir » dans sa requête. James Comey n’est pas d’accord : « Pourquoi alors a-t-il demandé à tout le monde de quitter la pièce ? Je l’ai interprété comme une directive », insiste l’ancien directeur du FBI.

A ce stade, la balle semble être dans le camp du procureur Mueller. Ce dernier pourrait décider de convoquer Donald Trump pour une déposition sous serment, notamment s’il conclut qu’il y a sans doute eu obstruction. Et si les démocrates parvenaient à reprendre le contrôle de la Chambre, fin 2018, l’équilibre des forces pourrait basculer. Ce n’est pas encore la tempête, mais après les accusations détaillées de Comey, le fameux « nuage » au-dessus de Donald Trump s’est assombri.