Donald Trump face à l'ex-directeur du FBI, James Comey, le 22 janvier 2017 après son investiture.
Donald Trump face à l'ex-directeur du FBI, James Comey, le 22 janvier 2017 après son investiture. — Andrew Harrer/NEWSCOM/SIPA

ETATS-UNIS

VIDEO. Audition de l'ex-patron du FBI: Donald Trump vs James Comey, le duel de l'année

Ce jeudi (16 h, heure de Paris), le monde entier aura les yeux braqués sur le témoignage du directeur du FBI, limogé par Donald Trump…

Oubliez House of Cards. La nouvelle audition de l’ex-patron du FBI devant la commission du Sénat américain, jeudi à 10 h (16 h, heure de Paris), est l’événement politico-médiatique de l’année. Qui sera d’ailleurs à suivre en direct sur 20 Minutes.

Depuis quarante-huit heures, CNN affiche un compte à rebours et toute l’Amérique aura les yeux braqués sur James Comey, viré par Donald Trump le mois dernier. Mercredi soir, Comey a confirmé dans une déclaration écrite que le président américain lui avait demandé d’arrêter d’enquêter sur les liens entre son conseiller Michael Flynn et la Russie et exigé un serment de fidélité. Jeudi, les sénateurs vont lui demander d'apporter des précisions afin de pouvoir déterminer un point critique : Donald Trump s’est-il rendu coupable d’obstruction à la justice, un délit passible de destitution pour un président américain.

Qui est le géant James Comey ?

Aussi grand que le basketteur LeBron James (2,03 m), James Comey, un vétéran du ministère de la Justice de l’ère Bush, a été nommé à la tête du FBI par Barack Obama en 2013. Il a pesé dans le duel entre Clinton et Trump en annonçant à onze jours du scrutin que l’enquête sur les mails de la candidate démocrate était rouverte à la suite de la découverte de nouveaux courriels qui se sont en fait révélés être des doublons sans importance. Réputé incorruptible, il a confirmé au printemps, lors d’une audience publique, que le FBI enquêtait sur une possible « coordination » entre des membres de l’équipe de campagne de Donald Trump et Moscou pour faire pencher l’élection en faveur du candidat républicain.

Un limogeage controversé

Le 10 mai, Comey apprend qu’il est démis de ses fonctions à la télévision et croit d’abord à un canular. Officiellement, le ministère de la Justice justifie sa décision par sa gestion des mails de Clinton, avec une erreur factuelle avancée lors de son témoignage. Mais lors d’une interview sur NBC, Donald Trump a déclaré : « J’allais virer Comey de toute façon », invoquant notamment « cette histoire avec la Russie », qu’il qualifie régulièrement de « chasse aux sorcières » et de fake news.

Les mémos de Comey au cœur de son témoignage

« J’espère que vous aurez la clairvoyance de passer à autre chose, de laisser tomber Flynn. C’est un type bien. J’espère que vous pourrez laisser tomber. » C’est le passage choc d’un mémo rédigé par Comey après une entrevue en tête-à-tête avec le président américain lors de laquelle Donald Trump lui a demandé d’arrêter d’enquêter sur son ancien conseiller à la Sécurité nationale. Horrifié, le patron du FBI a documenté chaque interaction avec le président américain dans des mémos et supplié le ministre de la Justice, Jeff Sessions, de ne jamais le laisser seul avec Donald Trump. Ce dernier a lui encore demandé de lui prêter allégeance, avec ces mots : « J’ai besoin de loyauté, j’attends de la loyauté. » Comey a répondu en promettant son « honnêteté ».

Comey va se concentrer sur les faits

Dans sa déclaration écrite, James Comey n’accuse pas le président américain d’obstruction à la justice. Selon CNN, il entend « laisser l’analyse légale aux professionnels ». Comey se présente comme un témoin des faits et se concentre sur ses interactions avec Donald Trump. En clair, il ne devrait rien révéler sur la Russie, afin de ne pas interférer avec l’enquête pilotée par le procureur spécial Robert Mueller.

« Obstruction of justice », « impeachment » et l’avenir de Trump

Si les mémos de Comey ont autant d’importance, c’est parce que dans le système judiciaire américain, des notes « contemporaines », prises par un agent du FBI juste après un événement ont un poids presque aussi important qu’une preuve factuelle. Et le point central, l’obstruction à la justice, c’est l’intention de la personne, qui doit agir « de manière corrompue ». Donald Trump a-t-il simplement demandé une faveur ou a-t-il menacé Comey ? Savait-il qu’il franchissait une ligne jaune ou faisait-il simplement du Trump ? Les circonstances et les mots seront cruciaux.

En fait, comme l’expliquait à 20 Minutes Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’American University de Washington, un impeachment (procédure de destitution) est un processus « plus politique que judiciaire ». C’est uniquement si une majorité d’élus à la Chambre des représentants estime que le président est coupable qu’une procédure d’impeachment est lancée, et il faut un vote à la majorité des deux tiers au Sénat pour le destituer. A ce stade, alors que les républicains contrôlent le Congrès, c’est improbable. Mais si les démocrates s’imposent lors des élections de mi-mandat, fin 2018, ça sera une autre histoire.