Attentat à Londres: «Il n'y a pas de réservoir de sens pour chaque attaque»

ATTAQUE Le Royaume-Uni a été pris pour cible par des djihadistes pour la troisième fois en trois mois…

Dorian Debals

— 

«Encore», «Londres en état de siège» : le Royaume-Uni fait face à une vague d'attentats sans précédent dans son histoire
«Encore», «Londres en état de siège» : le Royaume-Uni fait face à une vague d'attentats sans précédent dans son histoire — Richard B. Levine/NEWSCOM/SIPA

Pourquoi ici, pourquoi maintenant ? Des questions récurrentes après chaque attaque terroriste. D’autant plus lorsque les djihadistes s’en prennent trois fois au même pays en l’espace de quelques mois. Cinq morts lors de l’attaque sur le pont de Westminster en mars, plus de vingt à la Manchester Arena le 22 mai et au moins sept sur le London Bridge quelques jours plus tard : le Royaume-Uni est confronté à une vague d’attentats sans précédent sur son sol. Une forme « nouvelle » de terrorisme comme l’a expliqué le Premier ministre Theresa May. Avec un mode opératoire typique des attaques conseillées par Daesh, qui consiste à frapper n’importe où, à n’importe quel moment et par n’importe quel moyen. Une sorte de terrorisme « low cost ». Mais difficile de trouver une raison de rationalité ou d’opportunité différente à chaque attaque.

« Une globalisation du ressentiment »

Car les raisons invoquées sont souvent les mêmes. « Le Royaume-Uni est en pointe dans la coalition internationale contre Daesh. Et il est considéré par les djihadistes comme une terre de mécréants. » rappelait à 20 Minutes Alain Rodier, du Centre français de recherche sur le renseignement au lendemain de l'attaque de Manchester. Si l’aspect cosmopolite de Londres peut en faire une cible « privilégiée », tous les pays participants à la coalition de lutte contre Daesh ont été frappés à des degrés divers par des attaques terroristes ces dernières années, au premier rang desquels la France notamment. Mais le Royaume-Uni reste une « cible de choix » pour le djihad international. Cela « remonte à la guerre en Irak de 2003. Il y a un lourd passif », précise  au Huffington Post  Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements terroristes islamistes.

>> A lire aussi : VIDEO. Royaume-Uni: Ce que l'on sait de l'attentat revendiqué par Daesh qui a fait sept morts à Londres

Et pour cause, le « petit frère des Etats-Unis » a toujours été en première ligne des coalitions occidentales que ce soit en Lybie, en Syrie ou en Irak. « L’objectif des terroristes est aussi à chaque fois le même : monter les communautés les unes contre les autres. En espérant que les Britanniques mènent des actions anti-islam qui pourraient précipiter certains musulmans dans leurs rangs. », poursuivait Alain Rodier. Ces attaques à répétition au Royaume-Uni, sans lien entre elles, sont aussi une des conséquences de la « globalisation du ressentiment », décrypte François Burgat, directeur de recherche à l’ Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman.

Une accélération par « imitation »

La technologie et le partage de l’information transporte la colère et l’amertume de Manchester à Raqqa ou de Mossoul à Londres. « L’époque où l’on pouvait lancer des bombes à des milliers de kilomètres sans se soucier des répercussions chez nous est révolue », souligne François Burgat, qui explique « qu'il n'y a pas de réservoir de sens pour chaque attaque ». Car si ce n’est pas un hasard que le Royaume-Uni ait été de nouveau visé à quelques jours des législatives, il subirait aussi un phénomène d’accélération « par imitation ». Les attaques et leur traitement médiatique nourrissent le passage à l’acte rapide d’individus isolés.

Avec un réseau dormant de gens qui font très attention à rester dans les limites de la légalité et vont juste donner un petit coup de main. Une méthode de préparation difficile à détecter pour les services de renseignements, notamment britanniques. C’est aujourd’hui la signature du djihadisme moderne : des attaques peu coordonnées, spontanées, qui défient toute logique de corrélation de causes à effets instantanée. Une menace de plus en plus prégnante en Europe où « l’extrémisme, à Londres ou à Paris, profite d’un terreau de profonde injustice », selon François Burgat.