Attentat à Manchester: Les Mancuniens refusent de céder à la peur

REPORTAGE Alors que la menace est plus élevée que jamais, les habitants de Manchester refusent de rentrer dans le jeu des terroristes…  

Thibaut Chevillard

— 

Mercredi, à Piccadilly square, à Manchester
Mercredi, à Piccadilly square, à Manchester — Thibaut Chevillard

De notre envoyé spécial à Manchester,

C’est une atmosphère étrange qui règne à Manchester. Deux jours après la mort de 22 personnes, tuées dans une attaque terroriste  revendiquée par Daesh, et alors que les autorités redoutent une nouvelle attaque, les Mancuniens paraissent avoir repris leur vie d’avant. Toute l’après-midi, ils ont profité du beau temps pour aller faire du shopping ou lézarder au soleil sur la pelouse de Piccadilly Square.

Mercredi après-midi, à Piccadilly square (Manchester)
Mercredi après-midi, à Piccadilly square (Manchester) - Thibaut Chevillard

Ils ne paraissent plus faire attention aux nombreux policiers qui patrouillent dans les rues, aux bruits des sirènes des véhicules de secours. Les forces de l’ordre, elles, sont sur les dents. Les enquêteurs estiment que Salman Abedin’a sans doute pas agi seul et sont à la recherche d’éventuels complices qui pourraient, eux aussi, passer à l’action dans les prochaines heures. Mercredi matin, elles ont interpellé quatre personnes, qu’elles soupçonnent d’être liées à l’attentat. La veille, elles en avaient déjà arrêté une autre.

>> A lire aussi : Suivez la situation en direct

En début d’après-midi, des policiers lourdement armés ont investi un appartement situé au premier étage d’un immeuble de Sackville Street, au Nord de Manchester. Une intervention en lien avec l’enquête, a confirmé la police dans un communiqué.

Ils ont fait exploser la porte pour rentrer. L’appartement était loué sur Airbnb, selon Adam Prince, un proche voisin. « Il y avait beaucoup de passage », explique-t-il à la presse massée devant le bâtiment. Mais il assure n’avoir jamais rien vu de « suspect » ou « d’étrange ». Vers 18 heures, les policiers étaient toujours sur les lieux.

Le gouvernement, estimant le moment grave, a décidé de déployer 5.000 militaires dans tout le pays pour venir prêter main-forte aux forces de l’ordre dans le cadre de l’opération « Temperer ». Une première. « Ce qui s’est produit est effrayant. C’est normal après ça que l’armée soit appelée en renfort », estime Tanhim, 22 ans. Il affirme néanmoins, à l’instar de beaucoup d’habitants, qu’il est essentiel de « vivre normalement ». « Je suis fier de ma ville. Nous voulons montrer l’exemple au monde entier. Voilà comment il faut réagir quand on nous attaque. »

>> A lire aussi : Attentat à Manchester: «Rien ne laissait penser qu’il était radicalisé»... Les voisins du kamikaze sont sous le choc

Chandra, 27 ans, distribue avec ses amis des câlins et de la nourriture à Piccadilly Square. « Ça marche bien. Les gens en ont besoin », dit-elle. L’endroit est noir de monde. Tandis que les enfants jouent avec les fontaines, les grands profitent du soleil. « C’est la réponse de la ville au terrorisme », affirme la jeune femme.

Chandra, 27 ans, distribue des câlins et de la nourriture
Chandra, 27 ans, distribue des câlins et de la nourriture - Thibaut Chevillard

Un peu plus loin, sur High Street, les boutiques sont bondées. Dans les rues, les supporters de Manchester United ont revêtu leur plus beau maillot. L’équipe affronte mercredi l’Ajax d’Amsterdam. Il est de temps de revenir aux choses sérieuses.

High street, mercredi après-midi (Manchester)
High street, mercredi après-midi (Manchester) - Thibaut Chevillard