VIDEO. Attentat de Manchester: La campagne électorale britannique chamboulée?

ROYAUME-UNI Des législatives anticipées doivent avoir lieu en juin…

Nicolas Raffin

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Theresa May avec le chef de la police de Manchester, Ian Hopkins, le lendemain de l'attentat de Manchester.
Theresa May avec le chef de la police de Manchester, Ian Hopkins, le lendemain de l'attentat de Manchester. — OLI SCARFF / AFP
  • Des élections se tiendront le 8 juin prochain au Royaume-Uni 
  • Theresa May espère obtenir une large majorité pour négocier le Brexit plus facilement
  • L’attentat pourrait orienter le débat vers de nouvelles thématiques

Quelques heures après l’attentat de lundi soir à Manchester, les deux principaux responsables politiques du pays, Theresa May (Première ministre et leader des conservateurs) et Jeremy Corbyn (Labour, parti travailliste) ont annoncé qu’ils suspendaient leur campagne « jusqu’à nouvel ordre ». L’attaque terroriste survient à deux semaines des élections législatives du pays, qui doivent se tenir le 8 juin.

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Resserrement des sondages

Au départ, le scrutin n’était pas prévu avant 2020. Mais le 18 avril dernier, Theresa May avait pris tout le monde de court en décidant de convoquer des élections anticipées. « Après la démission de David Cameron, Theresa May n’a pas été confirmée par les adhérents du parti conservateur, rappelle Agnès Alexandre-Collier, professeure de civilisation britannique à l’Université de Bourgogne Franche-Comté (Dijon). Si elle veut mener à bien les négociations du Brexit selon ses conditions, elle doit s’appuyer sur une base parlementaire qui ne pourra plus la contester. »

Mais au Royaume-Uni comme ailleurs, un plan politique se déroule rarement sans accroc. Dimanche, plusieurs sondages publiés dans la presse britannique montraient que l’avance du parti conservateur se réduisait sérieusement. A la mi-avril, il disposait de 20 points d’avance sur le Labour et le 21 mai, son avance maximale n’était plus que de 12 points.

En cause, l’émergence du thème social dans la campagne. Quelques heures avant l’attentat de Manchester, Theresa May avait dû renoncer à l’une de ses promesses phares de campagne. Elle souhaitait déplafonner les dépenses que les personnes soignées à domicile doivent acquitter. « Theresa May était sur la défensive. Elle a dû changer complètement de position et garder le plafond de dépenses. L’information faisait la une des médias britanniques lundi soir », note Philippe Marlière, professeur de sciences politiques à l’University College de Londres.

La sécurité de retour dans le débat ?

L’attentat de Manchester peut-il faire basculer la campagne dans un sens plus favorable à la Première ministre ? « Elle aura tout intérêt à séparer les deux choses, estime Agnès Alexandre-Collier. D’un côté, agir en tant que chef de l’Etat et gérer les conséquences de l’attentat, et de l’autre, faire campagne. »

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Philippe Marlière abonde : « Ce qui peut jouer, pour Theresa May, c’est la possibilité de recadrer la campagne vers des mesures de sécurité et d’antiterrorisme. En tant qu’ancienne ministre de l’Intérieur et actuelle Première ministre, elle peut montrer qu’elle est une femme d’ordre par rapport à Jeremy Corbyn ». Les deux spécialistes s’accordent aussi à dire qu’étant donné l’imminence du scrutin, le débat politique devrait bientôt reprendre ses droits.