Corée du Nord: Où en est-on après le nouveau tir de missile?

DIPLOMATIE Les Etats-Unis ont réclamé de nouvelles sanctions…

Nicolas Raffin

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Une chaîne de télévision sud-coréenne diffuse des images de Kim-Jong-Un à Séoul, le 14 mai 2017.
Une chaîne de télévision sud-coréenne diffuse des images de Kim-Jong-Un à Séoul, le 14 mai 2017. — Ahn Young-joon/AP/SIPA
  • La Corée du Nord poursuit son programme balistique
  • Les sanctions actuelles ne semblent pas avoir beaucoup d’effets
  • La position de Donald Trump vis-à-vis de Pyongyang est variable

Un de plus. Dans la nuit de samedi à dimanche, la Corée du Nord a tiré un missile qui a parcouru 700km avant de s’abîmer en mer du Japon. C’est le deuxième essai de ce type en moins de 15 jours. Si le nouveau président sud-coréen, Moon Jae-In, est plutôt partisan d’un dialogue avec Pyongyang, Donald Trump a aussitôt réclamé « des sanctions bien plus fortes » envers la Corée du Nord.

Pourquoi la Corée du Nord a-t-elle procédé à ce nouveau tir ?

Selon les spécialistes du pays interrogés par 20 Minutes, cette démonstration de force ne doit pas nécessairement être vue comme une provocation à l’encontre des pays voisins. « La Corée du Nord a son propre calendrier pour les tirs expérimentaux, avance Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’IRIS. Le calendrier extérieur n’est pas la priorité ». La proximité de ce test militaire avec l’élection en Corée du Sud ne serait donc pas forcément volontaire.

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Pour Juliette Morillot, historienne et coauteure de La Corée du Nord en 100 questions, « le programme balistique nord-coréen, longtemps expérimental, concerne maintenant des missiles opérationnels. C’est une manière pour Pyongyang de dire qu’ils sont là et qu’il va falloir compter avec eux ».

Le pays peut-il être plus durement sanctionné ?

« Sanctionner systématiquement la Corée du Nord à chaque tir de missile, c’est un peu un réflexe pavlovien », note Juliette Morillot. De fait, Donald Trump s’est empressé de réclamer ce dimanche de nouvelles mesures de rétorsions. Mais cela est-il efficace ? « Les sanctions ont montré leur inefficacité à peu près totale », tranche Jean-Vincent Brisset.

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Loin de faire plier le régime, elles peuvent même avoir l’effet inverse. Comme le rappelle Juliette Morillot, « après l’essai nucléaire réalisé en 2016, le pays n’avait plus le droit d’importer certaines formes d’aluminium et de métaux. Or si cela a handicapé les programmes nucléaires et balistiques, les sanctions ont aussi touché la population dans son ensemble, car certaines pièces prohibées sont aussi utilisées dans la vie de tous les jours ». De plus, en février 2017, un rapport de l’ONU expliquait que Pyongyang contournait les sanctions via notamment des sociétés-écrans.

Quelle est la position des Etats-Unis sur ce dossier ?

« La Corée du Nord est plus prévisible que le président américain, affirme Juliette Morillot. Elle veut un dialogue avec les Etats-Unis et la Corée du Sud pour être reconnue diplomatiquement par ces pays et pour obtenir un traité de paix. En comparaison, Donald Trump réagit de façon erratique. » De fait, le comportement du nouveau locataire de la Maison Blanche est peu lisible.

Mi-avril, le vice-président Mike Pence affirme que toutes les options « y compris militaires » sont envisagées pour répondre à la Corée du Nord. Quelques jours plus tard, retournement de situation : les responsables américains se disent prêts à prendre le « chemin du dialogue ». Début mai, Donald Trump se déclare même prêt à rencontrer Kim Jong-Un. Le nouveau tir de ce week-end semble avoir fait changer d’avis le président américain. « Il a dit qu’il allait résoudre le problème : et comme il ne veut pas perdre la face, il pourrait bien être obligé de négocier », conclut Juliette Morillot.