Argentine: Des centaines de milliers de foulards blancs contre la libération d'un ancien tortionnaire

MANIFESTATION L'ancien tortionnaire a bénéficié d'une remise de peine prévue par la justice argentine... 

20 Minutes avec AFP

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Des activistes préparent les foulards blancs avant la manifestation à Buenos Aires, le 10 mai 2017.
Des activistes préparent les foulards blancs avant la manifestation à Buenos Aires, le 10 mai 2017. — Victor R. Caivano/AP/SIPA
  • Des centaines de milliers d’argentins ont manifesté avec des foulards blancs pour protester contre la libération d’un tortionnaire de la dictature.
  • C’est une référence aux mères et grands-mères de la Place de Mai, ces femmes vêtues de blanc qui cherchent à retrouver les disparus de la dictature.
  • Face à la colère populaire, la justice a voté en urgence une mesure pour annuler la remise de peine pour les crimes contre l’humanité.

Des centaines de milliers de foulards blancs brandis comme un symbole. En Argentine, des manifestants ont manifesté mercredi soir à Buenos Aires avec ces tissus blancs, en référence aux Mères et grands-mères de la place de mai, contre la décision de la Cour suprême d’alléger la peine d’un ancien tortionnaire de la dictature entre 1976 et 1983.

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Mercredi 3 mai, la plus haute juridiction du pays avait accepté de raccourcir la peine d’un ex-agent paramilitaire, Luis Muiña, condamné à 13 ans de prison pour enlèvement et torture d’opposants sous le régime militaire. Il avait profité d’une loi connue comme « Deux pour un », en vigueur de 1994 à 2001, permettant de compter comme double chaque jour passé en détention provisoire au moment d’appliquer la peine prononcée en jugement.

La loi visait à réduire la surpopulation carcérale et aucune limite n’était prévue, pouvant ainsi s’appliquer aux délits de droit commun comme aux crimes contre l’humanité. Dans le cas de Luis Muiña, le premier à en bénéficier, il avait passé plus de neuf ans en prison avant d’être jugé. Mardi 2 mai, un tribunal fédéral a déclaré la loi « inconstitutionnelle » tandis que deux autres anciens bourreaux se sont empressés de demander à bénéficier de la même mesure, provoquant un tollé dans ce pays, profondément marqué par cette page noire de son histoire.

Limiter la portée de la loi

Signe de l’émotion, les députés, puis les sénateurs ont adopté en urgence, dans la journée de mercredi et à l’unanimité, une loi limitant la portée de la décision de la Cour Suprême. Les auteurs de crimes contre l’humanité ne pourront plus bénéficier de réductions de peines. Au moins un demi-million de personnes sont descendues dans les rues de la capitale, selon les organisateurs. La police ne donne jamais de chiffres de manifestants en Argentine.

Sur scène, devant cette marée humaine, les figures des Mères et grands-mères de la place de Mai, dont Estela de Carlotto, Lita Boitano et Taty Almeida qui depuis 40 ans réclament la vérité sur le sort de leurs enfants disparus, ont harangué la foule avec leur slogan. « Messieurs les juges : plus jamais aucun auteur de génocide en liberté. 30.000 détenus-disparus. Présents ! », ont-elles scandé, accompagnées de chanteurs, d’acteurs, de footballeurs et d’hommes politiques de tous bords. « On doit protester pour qu’ils n’osent pas relâcher les auteurs de génocides à nouveau », a déclaré Alba Cervantes, une femme qui portait autour du cou la photo de son frère disparu le 20 septembre 1977, Miguel « Cacho » Cervantes. Des marches similaires ont eu lieu dans d’autres villes argentines.