VIDEO. Etats-Unis: Pourquoi Donald Trump a-t-il limogé le directeur du FBI?

ETATS-UNIS James Comey enquêtait notamment sur les soupçons brûlants d’ingérence russe dans la présidentielle de 2016…

M.C.

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Le directeur du FBI James Comey à Washington, le 3 mai 2017.
Le directeur du FBI James Comey à Washington, le 3 mai 2017. — JIM WATSON / AFP
  • James Comey, longtemps républicain, avait été nommé par Obama et confirmé par Trump
  • Il a irrité dans les deux camps avec l’enquête sur les soupçons d’ingérence russe dans la présidentielle et l’affaire des emails de Hillary Clinton
  • C’est ce dernier dossier qui lui coûte officiellement son poste
  • Démocrates et républicains réclament une commission d’enquête indépendante sur le dossier russe

Onde de choc à Washington. Donald Trump a limogé mardi le patron du FBI James Comey, provoquant des réactions indignées chez les démocrates et jusque dans son propre camp. Cet ex-procureur fédéral et ancien vice-ministre de la Justice, devenu gênant, était sur un siège éjectable depuis qu’il est revenu au FBI d’examiner les soupçons brûlants d’ingérence russe dans la présidentielle de 2016. Voici tout ce qu’il faut savoir sur ce limogeage.

Qui est James Comey ?

Un profil « neutre ». Ancien vice-ministre de la Justice, James Comey a longtemps été encarté chez les républicains mais il avait été nommé par l’ancien président démocrate Barack Obama à son poste actuel. Au gré des enquêtes sensibles, il avait acquis une stature de franc-tireur, encaissant les attaques de tous bords pour émerger du guêpier. Donald Trump lui avait demandé de rester en fonction, avant de brutalement revenir sur sa décision.

Il a doublement irrité Donald Trump. Fin mars, lors d’une rare audition publique devant le Congrès, il avait infligé un double revers à Donald Trump. Il avait d’une part confirmé le lancement fin juillet 2016 d’une enquête sur une éventuelle « coordination » entre des membres de son équipe de campagne et le gouvernement russe. Une affaire qui est régulièrement reléguée au rang de « fake news » par le président américain, qui nie toute collusion avec Moscou contre Hillary Clinton. Il avait par ailleurs battu en brèche l’idée que Barack Obama aurait placé sur écoute la Trump Tower, une rumeur lancée par Donald Trump lui-même sur Twitter deux semaines plus tôt. Personnage charismatique au style toujours impeccable, James Comey avait été nommé pour 10 ans en juillet 2013. Le Sénat avait confirmé ce choix de manière écrasante, avec 93 voix pour et une contre.

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Hillary Clinton le tient pour responsable de sa défaite. Le 28 octobre, James Comey provoquait une véritable déflagration dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle américaine : il annonçait au Congrès la découverte de nouveaux messages justifiant une relance des investigations closes au mois de juillet précédent sur les emails d’Hillary Clinton. Ce n’est que deux jours avant le scrutin du 8 novembre que James Comey annoncera n’avoir finalement rien trouvé de pénalement répréhensible. Trop tard. Sans les piratages russes et le FBI, « je serais présidente », a affirmé Hillary Clinton la semaine dernière.

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Quelle est la raison officielle invoquée par Trump ?

« Le FBI est l’une des institutions les plus respectées de notre pays et aujourd’hui marquera un nouveau départ pour l’agence-phare de notre appareil judiciaire », a déclaré le président américain dans un communiqué.

Dans un courrier adressé à James Comey, et rendu public par l’exécutif américain, Donald Trump lui signifie qu’il met fin à ses fonctions « avec effet immédiat ». « Si j’ai apprécié que vous m’ayez informé, en trois occasions distinctes, du fait que je ne faisais pas l’objet d’une enquête, je suis cependant d’accord avec l’analyse du ministère de la Justice selon lequel vous n’êtes pas capable de diriger de manière efficace le Bureau », ajoute-t-il.

C’est donc, ironie de l’histoire, la façon dont James Comey a géré le dossier des emails d’Hillary Clinton qui lui coûte son poste. Donald Trump accuse en substance James Comey d’avoir mal traité cette dernière en dévoilant à la presse de nombreux détails de l’enquête… des détails que le candidat républicain avait pourtant utilisés quotidiennement pour pilonner la démocrate pendant la campagne.

La lettre de Donald Trump à James Comey.
La lettre de Donald Trump à James Comey. - Maison Blanche

Quelles sont les réactions ?

L’annonce de ce limogeage surprise a fait l’effet d’une bombe au Congrès. « Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, vous faites une grave erreur », a déclaré le chef de file de l’opposition démocrate du Sénat, Chuck Schumer, évoquant une tentative d'« étouffer » l’affaire.

Le limogeage « montre à quel point l’administration craint l’enquête sur la Russie », a déclaré Tim Kaine, ex-colistier d’Hillary Clinton, y voyant la tendance croissante de l’administration à « cacher la vérité ».

Le vice-président de la commission du Renseignement du Sénat, le démocrate Mark Warner, a trouvé le licenciement « choquant », notant que Donald Trump avait depuis sa prise de fonctions évincé la ministre de la Justice par intérim, presque tous les procureurs fédéraux, et désormais le directeur du FBI.

« Ce n’est rien de moins que nixonien », a tonné le sénateur démocrate Dick Durbin, dans une allusion à la décision de Richard Nixon de remercier en 1973 le magistrat indépendant Archibald Cox qui enquêtait sur le scandale du Watergate qui allait entraîner sa chute. « Cette explication pathétique cherche à dissimuler une vérité indéniable : le président a limogé le directeur du FBI au milieu d’une des enquêtes de sécurité nationale les plus importantes de l’histoire de notre pays », a-t-il ajouté.

« La dernière fois qu’un limogeage présidentiel a soulevé tant de questions, l’Amérique était en pleine crise du Watergate », a lancé en écho le démocrate Cory Booker. Le sénateur démocrate Patrick Leahy a pour sa part trouvé « absurde » la justification donnée par le président Trump, selon laquelle Hillary Clinton aurait été traitée avec partialité.

Plus inquiétant pour le locataire de la Maison Blanche, le malaise se répandait également dans le camp républicain. Le sénateur John McCain s’est ainsi dit « déçu » et a répété son appel à la création d’une commission d’enquête parlementaire spéciale.

Le chef de la puissante commission du Renseignement du Sénat américain, Richard Burr, s’est lui déclaré « troublé » par le timing et les raisons avancées pour ce spectaculaire limogeage.

Que va devenir l’enquête sur les soupçons d’ingérence russe ?

« Toute tentative d’arrêter ou de saper l’enquête du FBI soulèverait de graves questions constitutionnelles », a mis en garde le sénateur démocrate Dick Durbin. Multipliant les allusions au Watergate et alertant sur « une démocratie en danger », démocrates et républicains ont appelé à la mise en place d’une commission indépendante pour prendre en main l’enquête russe.

Ce scénario semble pourtant peu probable : la mise en place d’une commission ou la nomination d’un procureur indépendant devrait en effet être demandée par le Congrès, dominé par les républicains… ou par Donald Trump lui-même.