Un message clair aux Etats-Unis

LIBAN Un attentat a visé, mardi, un convoi diplomatique dans la capitale libanaise...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Trois personnes ont été tuées mardi dans un attentat à la voiture piégée contre une voiture de l'ambassade des Etats-Unis près de Beyrouth, a déclaré à l'AFP un responsable des services de sécurité, sans faire état de victimes américaines.
Trois personnes ont été tuées mardi dans un attentat à la voiture piégée contre une voiture de l'ambassade des Etats-Unis près de Beyrouth, a déclaré à l'AFP un responsable des services de sécurité, sans faire état de victimes américaines. — AFP/LBC
L’attentat de ce mardi, le premier depuis la fin de la guerre civile (1975-1990) contre une représentation diplomatique – américaine qui plus est – intervient dans un contexte extrêmement particulier: le président George W. Bush effectue actuellement une tournée dans les pays arabes et multiplie les déclarations vindicatives à l’encontre du régime iranien et de la «menace extrémiste».

Il y a quelques jours, Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah (classé sur la liste des organisations terroristes par l'Union européenne et les Etats-Unis, ces derniers le tenant pour coupable des attentats de 1983 ayant fait plus de 250 morts américains à Beyrouth) avait condamné cette visite, extrêmement mal perçue par certaines factions locales, qualifiant «le projet américain», d’humiliation qui «ne passerait pas par le Liban». Plus virulent, le Guide de la Révolution iranienne, l’ayatollah Ali Khameneï, avait auparavant menacé de «transformer le Liban en cimetière du projet américain».

Cependant, bien qu’il ait prévenu que si d’aventure, Bush effectuait un passage imprévu par le Liban, il ferait l’objet d’un «siège serré», Nasrallah avait aussi précisé qu’il ferait en sorte de ne pas offrir de prétexte à une «invasion» du Liban par l’armée américaine.

Or l’attentat d’aujourd’hui, commandité alors que l’ambassadeur américain Jeffrey Feltman se préparait à célébrer le soir même sa fin de mission au Liban lors d’un dîner dans un grand hôtel beyrouthin, a tout de la provocation. Incidemment, il coïncide avec la résurgence du groupuscule islamiste Fatah el-Islam dont le chef, Chaker el-Absi, a refait surface la semaine dernière via un enregistrement audio. Absi y accuse les Etats-Unis d’avoir armé et dirigé les troupes libanaises lors du siège de Nahr el-Bared l’été dernier et appelle à la guerre contre les «croisés».

L’éventuel assassinat d’un diplomate américain pourrait probablement être perçu comme une déclaration de guerre par Washington. Aujourd'hui seule certitude l'attentat pourrait inciter les Etats-Unis à soutenir Nicolas Sarkozy. Ce dernier a menacé, lundi, de porter une nouvelle fois la question libanaise devant le Conseil de sécurité de l’ONU via le vote d’une énième résolution.