Attentat contre un convoi américain à Beyrouth

REPORTAGE Spectacle de déjà-vu dans la capitale libanaise...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Trois personnes ont été tuées mardi dans un attentat à la voiture piégée contre une voiture de l'ambassade des Etats-Unis près de Beyrouth, a déclaré à l'AFP un responsable des services de sécurité, sans faire état de victimes américaines.
Trois personnes ont été tuées mardi dans un attentat à la voiture piégée contre une voiture de l'ambassade des Etats-Unis près de Beyrouth, a déclaré à l'AFP un responsable des services de sécurité, sans faire état de victimes américaines. — AFP/LBC

Le spectacle a des airs de déjà-vu à Beyrouth: des voitures calcinées, des façades noircies et éventrées, des corps ensanglantés gisant sur l’asphalte, vite recouverts d’un drap blanc. A 16h27 (heures locales), une forte détonation a résonné dans la banlieue nord de Beyrouth, sur l’autoroute côtière, dans le quartier de la Quarantaine.

La nuit tombe en même temps que le bilan: quatre morts, et près d’une vingtaine de blessés. Sur place, c’est la panique, d’autant que le trafic est important à cette heure de sortie des bureaux. «Quand j’ai vu une plaque consulaire jaune de l’ambassade américaine sur l’une des carcasses de voiture, j’ai tout de suite craint que l’attentat ait visé l’ambassadeur américain au Liban, Jeffrey Feltman», raconte Farid, un automobiliste.

Le convoi visé était un leurre

Quinze minutes plus tard, l’armée libanaise encercle la zone de l’attentat, la circulation est totalement interrompue. La nouvelle de l’attentat se propage très vite, et les versions sur le bilan diffèrent, tandis que les autorités affirment avoir arrêté deux suspects quelques minutes après l’explosion de la charge explosive, «vraisemblablement actionnée à distance».

Finalement, les autorités libanaises sont formelles: les morts sont tous Libanais, tandis qu’un Irakien, un Américain et un chauffeur libanais de l’ambassade font partie des blessés. Selon une source sécuritaire, le convoi visé était un leurre»: à chaque sortie des officiels, l’ambassade américaine observe des mesures de sécurité draconiennes, dont ce type de convoi.

«Les Américains ne sont pas les bienvenus»

Un peu plus tôt dans la journée, l’armée libanaise avait eu fort à faire pour la deuxième journée consécutive, au sud de la capitale cette fois, où des partisans de l’opposition parlementaire ont brûlé des pneus sur la route de l’aéroport international, en bloquant l’accès. Les manifestants protestaient contre la cherté de la vie, et réclamaient la démission du gouvernement.

«L’attentat d’aujourd’hui intervient seulement deux jours après la mise en garde de Hassan Nasrallah contre le gouvernement de Siniora, qualifié de pro-américain. Et en plus, Bush est dans la région! Le message est clair: les Américains ne sont pas les bienvenus. Heureusement que ce n’était pas l’ambassadeur, car on aurait pu s’attendre au pire après…», commente Laure, une habitante de Beyrouth.

Près de deux mois après le départ du président pro-syrien Emile Lahoud, le Liban se débat toujours dans ses contradictions, et le ton monte. Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe, est attendu mercredi à Beyrouth pour tenter – une énième fois – de trouver une solution au bras de fer interminable, que se livrent la majorité pro-occidentale du Premier ministre Fouad Siniora et l’opposition menée par le Hezbollah et son allié Michel Aoun.