Allemagne: Vers l'identification des milliers de handicapés mentaux ou physiques tués par les nazis

SCIENCES Ce recensement vise à établir la première base de données des victimes du programme « T4 », conçu pour éliminer les handicapés considérés comme une charge pour la société…

20 Minutes avec agences
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Auschwitz (Pologne), le 25 juin 2015.
Auschwitz (Pologne), le 25 juin 2015. — Matthias Schrader/AP/SIPA

« Peut-on reconstruire l’identité de ces victimes ? Dans quelle mesure les échantillons ont-ils été utilisés pour la recherche pendant la guerre mais aussi jusque dans les années 1990 ? ». Telles sont les questions que se posent l’institut allemand Max Planck qui va entamer le mois prochain l’identification de milliers de restes de handicapés et malades exterminés sous le IIIe Reich.

Plus de 70.000 personnes ont été gazées dans le cadre de ce programme en un an

Cette tâche colossale qui devrait durer trois ans s’avère être l’ultime étape dans l’inventaire de cet épisode infamant pour la médecine et la science allemandes. Elle vise à établir la première base de données des victimes du programme « T4 », cyniquement baptisé « programme d’euthanasie » par les nazis.

Entre janvier 1940 et août 1941, plus de 70.000 personnes ont ainsi été gazées dans le cadre de ce programme conçu par une soixantaine de bureaucrates et de médecins pour éliminer les handicapés mentaux ou physiques considérés comme une charge pour la société. On évalue à plus de 300.000 personnes le nombre de victimes de ces massacres, jusqu’à la fin de la Deuxième guerre mondiale en 1945. D’autres ont subi des expériences médicales et des stérilisations forcées en raison de leur infériorité génétique supposée.

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Une partie des tissus cérébraux collectés appartenait à 38 enfants exterminés

Les sanctions judiciaires ont été rares et la Société Kaiser-Wilhelm (KWI), prestigieux institut scientifique qui utilisait les tissus biologiques des victimes pour ses recherches, est devenue en 1948 la Société Max Planck. Un temps oublié, le scandale a resurgi dans les années 1980 après qu’un journaliste a prouvé qu’une partie des tissus cérébraux collectés par un ancien médecin chef de la KWI puis de l’Institut Max Planck appartenait à 38 enfants exterminés en 1940 dans le cadre du « T4 ».

La société Max Planck décide alors en 1989 d’enterrer tous les restes biologiques appartenant à des victimes du nazisme et charge un groupe d’historiens de faire la lumière sur le rôle de la Société Kaiser-Wilhelm sous le IIIe Reich. Une première.

Biographies, causes de la mort, recherches et suivis des échantillons

Cependant, en 2015, une archiviste découvre une boîte contenant une centaine d’échantillons de cerveaux et la société Max Planck découvre que ses consignes de 1989 ont été inégalement appliquées. Elle s’attache alors à collecter tous les restes provenant de victimes du nazisme.

Le recensement sans précédent qui commencera en juin « intégrera des données biographiques basiques concernant les victimes, leur traitement institutionnel et les critères utilisés pour les sélectionner ». « La cause de leur mort sera aussi documentée, de même que les données sur le prélèvement de leur cerveau, le chemin qu’ont suivi les échantillons et les recherches menées sur eux », explique dans un communiqué la société Max Planck, institut basé à Munich qui alloue 1,5 million d’euros à ce projet.