Etats-Unis: Pourquoi Donald Trump devient-il va-t-en guerre?

GEOPOLITIQUE Depuis plusieurs jours, le président américain, perçu jusqu’ici comme isolationniste, n’hésite plus à envoyer des militaires dans les coins chauds du globe…

T.C.

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Donald Trump plus va-t-en guerre que jamais.
Donald Trump plus va-t-en guerre que jamais. — Andrew Harnik/AP/SIPA

Donald Trump gonfle les muscles. Depuis quelques jours, le président américain multiplie les interventions militaires. Après avoir bombardé les forces syriennes, les djihadistes de l’Etat islamique en Afghanistan, le président américain a pris la décision cette semaine d’envoyer un porte-avions, escorté par trois navires lance-missiles, vers la péninsule coréenne. « Il y a un changement chez Donald Trump par rapport à son discours qui était plutot isolationniste », remarque Romain Huret, directeur d’étude à l' EHESS.

Comment expliquer ce changement de cap ? « Donald Trump, au bout de 70 jours, se rend compte qu’il n’a plus de cartes en main sur le plan de sa politique intérieur », estime François Durpaire, historien des Etats-Unis. Le président américain « est bloqué par les juges sur les questions d’immigration, bloqué par le Congrès concernant sa promesse de campagne d’abroger l’Obamacare ». Il cherche ainsi « à asseoir sa position de chef d’Etat ».

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Romain Huret souligne de son côté que les présidents de grandes nations « ont l’habitude d’aller voir à l’extérieur quand ça va mal à l’intérieur ». « La prise de décision est beaucoup plus simple en matière de politique étrangère », ajoute-t-il. « Dans le domaine intérieur, il faut négocier au Congrès, avec les chambres, avec les commissions qui rédigent les textes… C’est un exercice délicat qui demande beaucoup de temps, beaucoup de patience. Des qualités qu’a priori il ne semble pas avoir. »

« Idéalisme conservateur »

Le président Républicain prend aussi conscience « des principes de réalité », note François Durpaire. « Des événements ont précipité cela. La frappe chimique en Syrie a bouleversé l’opinion publique américaine ». Pour Romain Huret, l’intervention contre l’armée de Bachar el Assad « renvoie à une certaine vision de la liberté chez les conservateurs américains, parfois un peu naïve, un peu émotionnelle » dans laquelle les Etats-Unis sont « le porte-drapeau de la liberté, de la démocratie ». « D’une certaine manière, il a renoué avec cet idéalisme conservateur qui avait été mis un peu sous le tapis par Barack Obama qui. Il avait quant à lui un exercice du pouvoir plus pragmatique. »

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Un président sous l’influence des militaires

Le directeur de recherche à l’EHESS, rappelle aussi qu’en bon businessman, Donald Trump s’est toujours présenté comme un négociateur hors pair. En envoyant marines et G.I sur les zones de conflit, il « veut mettre la pression sur plusieurs alliers pour ensuite amener sur la table des négociations un certain nombre de points ». François Durpaire estime pour sa part que le président des Etats-Unis est « sous l’influence de l’état-major américain ». « Les militaires ont plus de poids dans les décisions depuis que Steeve Bannon a été écarté du conseil national de sécurité. »