Libye: Des migrants vendus entre 200 et 500 dollars sur des «marchés d'esclaves»

SOCIETE Ces chiffres émanent du dernier rapport de l'Organisation internationale pour les migrations qui tire cette semaine la sonnette d'alarme...

20 Minutes avec agences

— 

Des migrants d'Afrique sub-saharienne attendant dans un centre à Misrata, en Libye, le 9 mai 2015
Des migrants d'Afrique sub-saharienne attendant dans un centre à Misrata, en Libye, le 9 mai 2015 — Mahmud Turkia AFP

« Vous allez au marché, et vous pouvez payer entre 200 et 500 dollars pour avoir un migrant et l’utiliser pour « vos travaux ». Après l’avoir achetée, vous devenez responsable de cette personne. (…) Certaines d’entre elles s’échappent, d’autres sont maintenues en servitude. » C’est en ces termes qu’Othman Belbeisi, chef de la mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en Libye de passage à Genève, a témoigné face aux médias, ce mardi, de l’existence de « marché d’esclaves » dans ce pays.

Vendus sur des places publiques ou dans des garages

L’OIM, une agence liée au système des Nations unies, a également publié un communiqué dans lequel elle explique que son personnel en Libye et au Niger a pu recueillir des récits « choquants » de migrants, qui ont décrit l’existence de « marchés d’esclaves » dans lesquels des centaines d’hommes et de femmes sont vendus.

Ces personnes sont notamment vendues sur des places publiques ou dans des garages. Il s’agit de « gens vendus en public, assis par terre », a expliqué un porte-parole de l’OIM, Leonard Doyle. Les femmes, elles, deviennent des esclaves sexuelles.

Le terrible témoignage d’un migrant sénégalais

Dans le communiqué, l’OIM cite le terrible témoignage d’un migrant sénégalais, dont le nom n’est pas dévoilé. Cet homme a d’abord dû payer environ 320 dollars à un trafiquant d’être humains pour se rendre en Libye depuis Agadez, au Niger.

Après deux jours dans le désert, dans un véhicule tout-terrain conduit par un chauffeur, il est arrivé à Sabha, dans le sud-ouest de la Libye. Son chauffeur a alors affirmé ne pas avoir été payé par le « trafiquant » et a transporté le Sénégalais dans un « marché d’esclaves ». D’après l’OIM, des migrants sub-sahariens étaient achetés et vendus sur ce marché, situé dans un parking, par des Libyens, aidés de Ghanéens et Nigerians qui travaillent pour eux.

>> A lire aussi : Daesh a publié une liste de prix pour les esclaves sexuelles

Les ravisseurs exigent que les familles paient une rançon

Une fois vendu, le migrant sénégalais a été emmené dans divers endroits, des sortes de « prisons », dans lesquelles les migrants sont torturés. Les ravisseurs exigent alors que leurs familles paient une rançon en échange de leur libération. Ce Sénégalais est ensuite parvenu à officier comme traducteur des ravisseurs, évitant ainsi d’être davantage battu.

Cité dans le communiqué, le directeur des opérations d’urgence de l’OIM, Mohammed Abdiker conclut : « La situation est désastreuse. Nous savons que les migrants qui tombent dans les mains des trafiquants sont confrontés à la malnutrition systématique, aux abus sexuels et même au meurtre. »

>> A lire aussi : Près de 36 millions de personnes réduites en esclavage dans le monde