Corée du Nord: Comment 200 journalistes se sont fait duper par Kim Jong-un

INTERVIEW Dans un contexte international tendu, les journalistes conviés par le leader nord-coréen s'attendaient à autre chose...

Lucie Bras

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Kim Jong-un lors de l'inauguration du quartier de Ryomyong, le 13 avril 2017, en plein cœur de Pyongyang.
Kim Jong-un lors de l'inauguration du quartier de Ryomyong, le 13 avril 2017, en plein cœur de Pyongyang. — Wong Maye-E/AP/SIPA

Une déclaration de guerre ou le lancement d’un nouveau missile nucléaire ? Les journalistes s’attendaient à tout sauf à ça. Convoqués par le pouvoir nord-coréen pour un « événement important », ils ont en fait assisté… à l’inauguration d’une nouvelle avenue à Pyongyang, la capitale. Parmi eux, de nombreux journalistes étrangers, dont des Américains venus de loin. Cet épisode était prévisible, d’après Dorian Malovic, coauteur du livre La Corée du Nord en 100 questions (Tallandier).

Comment interpréter cette « grande annonce », qui a déçu les journalistes présents sur place ?

Pour les Nord-Coréens, ce nouveau quartier, avec de grands immeubles et des centres commerciaux, c’est un gros événement. D’autant plus que la présence du leader Kim Jong-un était annoncée.

Souvenez-vous des famines des années 1990. Quand il a pris le pouvoir, Kim Jong-un a annoncé que plus jamais le peuple nord-coréen ne mourrait de faim. Il a enclenché un processus de réforme économique, de libéralisation des affaires. Chaque avancée du régime dans ce domaine est célébrée. La déception des journalistes prête à sourire. Ils étaient tous rassemblés dès 6 h 20 ce matin. A quoi s’attendaient-ils ?

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Peut-être à une déclaration plus « musclée » dans le contexte actuel tendu avec les Etats-Unis ?

En ce moment, la Corée du Nord est en pleine période de célébration. Elle fête plusieurs anniversaires, dont celui de la naissance de Kim Il-sung, le fondateur de leur nation. Le 27 avril, ce sera l’anniversaire de la création de l’armée populaire nord-coréenne. C’est symbolique, c’est l’occasion pour le régime de fédérer le peuple autour de toutes ces fêtes.

Les observateurs internationaux pensent par réflexe que chaque anniversaire est l’occasion d’un test nucléaire. Mais Kim Jong-un est plus subtil que ça. C’est une stratégie très rationnelle. Il n’est pas cinglé, pas totalement déséquilibré. Chaque fois, le régime nous surprend.

Y a-t-il une volonté d’humilier la presse étrangère ?

Ils savent comment la presse internationale fonctionne, ils savent que les journalistes vont présenter ce pays de la manière la plus alarmante possible. Leur communication est contrôlée de A à Z. Ils se servent des médias étrangers pour envoyer des messages au monde extérieur ainsi qu’à leur population.

Dans ce contexte actuel tendu, la Corée du Nord peut-elle poursuivre sa stratégie agressive ?

Le porte-avions des Etats-Unis est en route et devrait arriver ce week-end. Mais ce n’est pas nouveau : il y a déjà des militaires américains dans la base d’Okinawa au Japon, 30 000 soldats américains en Corée du Sud et les Russes présents à Vladivostok. Toutes les grandes puissances sont présentes autour de la Corée. On peut s’attendre à un 6e essai nucléaire. Kim Jong-un veut tester Trump depuis son investiture. Ils veulent montrer au monde qu’ils sont dangereux, et ça marche : personne ne doute plus que la Corée est une grande puissance nucléaire.