Frappes en Syrie: Le revirement de Donald Trump, étape par étape, sur Twitter

CONFLIT Remonter le fil Twitter de Donald Trump permet de se rendre compte à quel point le président des Etats-Unis a changé sa position sur le conflit syrien en lançant une offensive contre le régime de Bachar al-Assad dans la nuit de jeudi à vendredi…

Fabrice Pouliquen

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Donald Trump devant la Maison Blanche, le 15 mars 2017.
Donald Trump devant la Maison Blanche, le 15 mars 2017. — Greg E. Mathieson Sr./REX/Shutterstock

« Ne veut pas éliminer Assad. Trop de problèmes à venir après ». Ainsi parlait Donald J. Trump sur son réseau social préféré, Twitter. C’était le 10 septembre 2013, soit trois ans et huit mois avant que l’actuel président des Etats-Unis ne tire une dizaine de missiles de croisière contre une base aérienne du régime syrien, en réponse à une attaque chimique présumée menée mardi par les forces de Bachar al-Assad sur la ville de Khan Cheilhoun, au nord-ouest du pays.

Donald Trump l’a reconnu lui-même, mercredi devant les journalistes : « Mon attitude envers la Syrie et Assad a beaucoup changé. » Remonter son fil Twitter est un moyen de s’en rendre compte.

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Septembre 2013 : « Reconstruire plutôt notre pays »

La première étape donc, c’est septembre 2013. La Syrie est alors plongée depuis deux ans dans la guerre civile, et, Barack Obama menace le régime Assad de frappes aériennes après une montée de fièvre consécutive, déjà, à un massacre aux armes chimiques, le 21 août, attribué à Damas.

Donald Trump, est contre. L’homme d’affaire ne cessait à l’époque d’exhorter les Etats-Unis à ne pas prendre part dans le conflit syrien. « Nous ferions mieux d’arrêter de parler, de rester en dehors de la Syrie et de tous ces pays », lançait-il ainsi le 13 septembre 2013, avant d’appeler, plutôt, à reconstruire les Etats-Unis.

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En parallèle, il invitait à ne pas tomber dans le chantage de Bachar al-Assad qui conditionnait la destruction de ses armes chimiques à l’arrêt des soutiens américains aux rebels. « What a mess ! » [“Quel bordel”], concluait Trump dans un de ses tweets.

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Avril 2014 : « Je vous l’avais dit »

23 avril 2014. Sur Twitter, Donald Trump n’a plus parlé de la guerre en Syrie depuis près de huit mois avant de remettre le sujet sur le tapis, en mode « je vous l’avais dit ». « Sans surprise, Assad n’a pas détruit ses armes chimiques. Il n’a jamais eu l’intention de le faire », écrit-il ainsi.

Quelques mois plus tard, en juillet, alors que Daesh vient de proclamer un califat qui s’étend sur la Syrie et l’Irak, Donald Trump s’en prend à nouveau à la politique de Barack Obama : « Souvenez-vous des terroristes qu’armait Obama en Syrie contre Assad, disait-t-il toujours sur Twitter. Eh bien maintenant, ils sont en train de marcher sur Bagdad. »

Cette critique deviendra son cheval de bataille à l’automne 2014 alors que la coalition arabo-occidentale, emmenée par les Etats-Unis, vient de réaliser ses premières frappes aériennes en Syrie. Le 20 septembre 2014, Trump écrit : « Croyez-vous qu’Obama arme des rebelles modérés ? ». « Nous avons des millions de chômeurs dans notre pays et nous dépensons des millions pour armés les « rebelles » syriens Qu’est-ce qui ne va pas avec Washington ? », ajoutait-il le 1er octobre 2014.

2015 : La crainte d’être envahi

En 2015, c’est essentiellement la question des réfugiés syriens qui semble obséder Donald Trump. Plus précisément, la peur de les voir débarquer par milliers aux Etats-Unis, « sans savoir qui ils sont », précise-t-il le 17 novembre 2015. « Huit Syriens ont été attrapés à la frontière sud tentant d’enter aux Etats-Unis. Daesh peut-être ? Nous avons besoin d’un grand et beau mur », écrit-il deux jours plus tard.

2016 : « La priorité, ce n’est pas la Syrie »

Puis vient, peu à peu, le temps de la campagne présidentielle. La crise syrienne est l’un des angles d’attaque de Donald Trump contre Hillary Clinton. Il fustige ainsi la politique internationale qu’entend mener son adversaire démocrate et lui reproche notamment sa politique agressive à propos du conflit syrien. « Les sorties tordues sur la politique étrangère de Hillary Clinton déchaînent Daesh en Syrie, en Iraq ou au Liban », écrit ainsi Trump le 21 mai 2016.

Il précisera sa pensée le 26 octobre de la même année dans une interview à Reuters. Il estime alors que la Syrie ne doit pas être la priorité, mais bien Daesh. Il estimait alors qu’une intervention en Syrie, comme le souhaitait alors Hillary Clinton, implique les Etats-Unis dans une troisième guerre mondiale contre la Russie. C’est pourtant bien ce qui est craint aujourd’hui.